Allocutions

SAVOIR 2012 – DISCOURS

Prix du Savoir et de la Recherche



19 novembre 2012




Mes chers amis,


Je suis très heureuse et un peu émue de vous retrouver pour la première fois réunis ici au Procope, afin de remettre le Premier Prix littéraire du Savoir et de la Recherche. Très heureuse d’avoir animé des conversations et d’avoir cotoyé dans des dialogues fictifs, Denis Diderot d’Alembert, Piron, Rousseau et Voltaire, ses plus fidèles et éminents habitués ! nous sommes ici dans un lieu mythique, plus vieux café de Paris, il n’est pas inutile de le rappeler.

Diderot, le plus grand esprit du XVIIIe siècle. Quelle vie ! Et quelle histoire.. ! Absolument immortel, à travers l’histoire de tous les siècles pour avoir mené à bien, et avoir lutté pendant vingt ans contre toutes les censures, l’extraordinaire aventure de l’Encyclopédie, premier recueil mondial de l’état de sciences et des idées. « Le but d’une encyclopédie est de rassembler des connaissances éparses sur la surface de la terre, d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de les transmettre aux hommes qui viendront après nous.» Denis Diderot – l’Encyclopédie. Soit.  Des chercheurs de Université Diderot, au Prix de La Recherche, des astrophysiciens ont découvert que les anneaux de Staurne étaient les parents des satellites. Diderot, philosophe et écrivain génial qui s’est essayé à tous les genres, le roman, le théâtre d’avant-garde, les premières critiques d’art… Esprit universel, mû par une insatiable curiosité, il couvre tous les champs du savoirs, des mathématiques à la poésie, de la science politique à la biologie, où ses intuitions annoncent celles de Darwin. Eternel rebelle, refusant de courtiser les princes et rêvant de les conseiller, ami également de Condillac et de la plupart des grands esprits de son temps qui lui doivent souvent beaucoup de leurs idées, il incarne le bonheur de penser, dont il a fait une activité à plein temps, aussi vitale pour lui que manger ou boire. J’ai créé ce Prix du Savoir et de la Recherche parce que je suis fascinée par la vie de Diderot. Pourquoi ? parce que c’est une vie qui nous donne à réfléchir à ce que l’homme peut être et avoir de meilleur, à un moment où le XVIIIe siècle paraît se répéter, pour le meilleur ou pour le pire et où le 21ème siècle, paradoxalement, soit trois cent ans plus tard, n’a jamais donné le sentiment d’être ……obsolète, moribond, tordu, compliqué, errance, lutter en faveur du mal, en faveur du bien. L'impression que le flux des choses interdit, par sa rapidité, le temps de la connaissance ?. Voyez Montaigne, bâtissant une sagesse qui aujourd'hui encore fascine sur la « branloire » du monde, d'où il conclut à un scepticisme tempéré qui ruine les prétentions au vrai des idéologies. en revanche nul n'a mieux exprimé le sentiment d'un écoulement irrémédiable qui conduit à un écroulement d'un monde – nos certitudes, nos paysages, nos conduites sociales – que Rilke, alors même qu'un autre nous apprend à saluer les configurations nouvelles – Joyce. Si le Journal décrit le monde en surface, mais heureusement nous avons la Littérature et la science qui nous en ouvre les portes de la compréhension.

J’ai créé ce Prix pour sortir de "l'immobilisme", de l'inflexion, de l'inertie.

J’ai créé ce Prix pour donner une impulsion nouvelle à des projets scientifiques qui n'aboutissent pas, pour permettre à des écrivains et des scientifiques de débattre ensemble autour d’essais scientifiques grand public : je pense qu’il est indispensable d’élargir les champs d’actions et de connaissances ensemble, dans un esprit de solidarité. Tout d’abord, je souhaite, aux carrefours de toutes rencontres littéraires entre Gens de Lettres et scientifiques, favoriser l'aide et l’accès aux Savoirs, également l’accès a l'Enseignement Superieur, et faire en sorte que toutes les réflexions menées avec tous les interlocuteurs. abondent en direction du Savoir et de la Recherche, dans un esprit permanent d’altérité.

Il s’agit d’un engagement à part entière. Est il donc utile de préciser qu’en tant que femme, en tant qu'ancienne patiente de grands professeurs de médecine, en tant que féministe, je suis outrée par ce que révèle le parcours du combattant de certains chercheurs pour obtenir la moindre autorisation, le blocage autour de certaines innovations -vitrification d'ovocytes, pour ne citer que cela, -, le manque de moyens de la Recherche dans son ensemble, la paresse et la désinvolture des pouvoirs publics, le fait, naturellement que l'on n'ait jamais donné à ce grand médecin qu'est René Frydman les moyens de ses ambitions, en autorisant la formation d'un Institut de la Reproduction - il existe bien un Institut du Coeur -, tout cela me scandalise. Poursuivons brièvement sur cet exemple : la France que l'on disait pionnière en la matière accuse maintenant un retard de presque 10 ans sur ses voisins européens. Je regrette aussi l'échec conceptuel des maisons de naissance, ainsi que tout ce qui nuit, en général; à la communication des futures mères dans leur quête de savoir par rapport aux mécanismes de la reproduction. Globalement, le manque d'écoute et de transparence sont tout autant accablants. Bref, cette pénurie d'efforts, de volonté, cette réelle irresponsabilité des autorités forment un dispositif lacunaire. Voilà pourquoi j’ai  créé le Prix littéraire du Savoir et de la Recherche orienté autour de tous les Savoirs et de toutes les Sciences dans cet esprit d’adhésion et d’unité. Notre Collège est composé de 16 Membres, issus du milieu littéraire, artistique et/ou scientifique. Dès l’année prochaine, une dotation sera remis ou à une Unité de Recherche Scientifique ou à une association de Recherches. Marie-Edith Cypris, l’année prochaine, j’espère que vous serez des nôtres. Votre livre m’a passionné, et ce n’est certainement pas seulement parce que vous citez Nietzsche, Schopenhaueur, Rousseau, Wittgenstein, Elsa Triolet, qui font partie de mon panthéon personnel. Votre ouvrage m’a pris aux tripes, disais je parce qu’il est poignant et contacte les parois du coeur (et évidemment, je ne suis pas la seule à avoir ressenti un tel engouement).  Il est très documenté, il comporte beaucoup de références philosophiques, scientifiques, médicales qui crédibilisent le propos et il est très bien écrit. De surcroît, il est très informatif, avec nombre de questionnements ouverts sur le corps, le psychisme et votre état psychique, la mutation. Et il a le grand mérite de déplier une démarche extrêmement contemporaine où vous vous constituez, par votre métamorphose,  en objet de recherches. Je vous cite : «  “Mon autodiagnostic s’est motivé pour l’essentiel par ce qui conduit à chauffer à blanc le besoin impérieux de changer de sexe : la détestation d’être un homme et le désir d’être une femme.” A la fois témoignage violent et essai érudit, il me semble que votre démarche et le livre qui l’accompagne brisent ensemble un tabou, apportant des mentions spécifiquement qualitatives par le biais du vécu, interrogeant à chaque page la condition transsexuelle et le combat que vous avez mené.. Détester être un homme, désirer être une femme, là se tient le yin et le yang de l’état transsexuel.  J’ai également compris la solitude mortifère dans laquelle vous avez vécu votre transsexualisme, prise en étau entre la rigidité des discours universitaires d’un côté et les représentations tout aussi normatives, véhiculées par les associations trans dont vous dénoncez une forme de sectarisme. J’ai vibré tout au long de votre texte, quand vous interrogez la notion de genre, le rapport entre identité sexuelle et identité sociale. On sent votre désir de témoigner vivement de votre parcours, afin de laisser au lecteur la possibilité de saisir au mieux ce qu’est votre condition, afin de partager cette expérience «  du passage », « du périple » en livrant honnêtement un regard de l’intérieur, expérience véhiculée par la volonté acharnée de parvenir à vos fins, en devenant ce que vous êtes, ce que vous avez toujours été. C’est l’aboutissement. Serein. J’ai été interpellée par la stigmatisation de l’environnement social à votre égard, par la force de votre cheminement personnel et en contre partie de l’opinion des autres, de leur regard, qu’il vous a fallu contré, dépassé.   


Je vous remets le Prix avec le bandeau et les cadeaux.

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