Allocutions

Allocutions des 30 juin 2011, 28 juin 2012,  29 juin 2013 à l'Auberge de Venise

LA LITTERATURE
, VISA POUR L’ETERNITE

Cher Grégoire, Mes Chers Amis, Mesdames, Messieurs,


Nous voici enfin réunis ici sur les ruines du Dingo Bar, 86 ans plus tard après un certain jour d’avril 1925. «Il arriva une chose bien étrange la première fois que je rencontrais Francis Scott Fitzgerald. Il arrivait beaucoup de choses étranges avec Scott, mais je n’ai jamais pu oublier celle-là. Il était entré au Dingo Bar, rue Delambre, où j’étais assis, en compagnie de quelques individus totalement dépourvus d’intérêt…Scott était un homme qui ressemblait à un petit garçon avec un visage mi beau mi joli. Il avait des cheveux très blonds et bouclés, un grand front, un regard vif et cordial, une bouche délicate aux lèvres allongées, typiquement irlandaise, qui, dans un visage de fille, aurait été la bouche d’une beauté. Son menton était bien modelé, il avait l’oreille agréablement tournée et un nez élégant, pur et presque beau. Tout cela n’aurait pas suffi à composer un joli visage mais il fallait  ajouter le teint, les cheveux blonds, et la bouche, cette bouche si troublante pour qui ne connaissait pas Scott et plus troublante encore pour qui le connaissait » Combien de fois ai-je écrit ici, avant ce 1er juillet, à l’aune de ces portraits, égarée que je fus, depuis, plus bas, ce boulevard du Montparnasse arpenté pour la première fois en 1986, qui m’entraînait un jour, jusqu’à la Gaité, un autre, jusqu’à Saint Michel ? Combien de fois ai-je nourri l’ambition secrète de suivre les pas de cette Génération Perdue épanchée, gisante, écrivante, dans ce quartier de Montparnasse ?. Combien de fois j’ai titubé en pèlerinage devant les bars énumérés par Ernest Hemingway dans « Paris est une fête » ?. Je suis passée souvent devant le 27 rue de Fleurus, où vivaient Gertrude Stein; l’américaine qui présenta Picasso à Matisse en 1902,  et Alice Babette Toklas.  Je suis allée souvent devant le 113 rue Notre Dame des Champs où Hemingway s’est installé en 1924. Une plaque rappelle d’ailleurs cet appartement mythique où fut immortalisée la fameuse phrase du barman du Sélect : « Vous êtes tous une génération perdue » tandis que le bordel, « le Sphinx », au 31 bd Edgar Qunet, où Henry Miller dépensait l’argent qu’il n’avait pas, a malheureusement disparu. Ici, au Dingo Bar, on croisait Isadora Duncan, Tristan Tzara, Man Ray. Aujourd’hui, je lève ce Long Island Ice Tea, la boisson inventée par le Prix Nobel de littérature de 1954, (tous les alcools blancs, dans un verre, plus du Coca cola, et de la glace), je lève mon verre donc, avec vous, aux grands artistes et à tous les écrivains qui hantent ces murs de bois parfumé au cigarillo, au bourbon et au désespoir. Imprégnation. Mimétisme. Constellation. Effervescence.

Cette Rive gauche à Paris, fut magnifiquement chantée par Souchon et ce Prix en emprunte le titre. J’ai créé ce Prix parce que je suis sous l’emprise d’un envoûtement. Grâce céleste. Comme quelque chose qui vous tient au corps, qui contacte les parois du cœur. Il doit s’agit de Fantômes. Sentinelles. Citadelle. A tous les angles de rue, quelqu’un sort la tête. Les yeux au ciel, un filtre. Une apparition. Illuminations. Vies souterraines, intérieures. Territoires émergents  Symbolisme. Mélancolise. Quintessence. Symbiose. Reconnaissance. Re- naissance aussi. Un état dans l’état d’esprit, chante Souchon. Esprit, nous y sommes. L’esprit Rive Gauche se caractérise par le sentiment d’être différent, d’appartenir à une minorité, et par la recherche d’autres représentants de cette minorité. La Rive gauche, c’est, dans l’imaginaire collectif, la plus petite des deux, la moins commerçante, la plus intellectuelle,  celle qui prend le temps de rêver et de réfléchir, d’aimer et de s’amuser. Elle n’est pas que fêtes et discussions, ivresse et utopie, elle n’est pas à l’abri des drames et des tempêtes. Mais ses drames et ses tempêtes naissent au cœur de ses préoccupations propres, et elles portent aussi ses valeurs. Rive Gauche, au style incontestable, insolente, jazzy, élégante, qui concentre l’essence de la capitale, son charme et son chic. L’esprit Rive Gauche, c’est la recherche, ou l’illustration, ou l’élaboration imaginaire d’un mode de vie alternatif, opposé aux conventions bourgeoises de la rive droite, un mode de vie privilégiant la culture vivante et créative, la fête, la liberté de pensée et de mœurs. Ce que Paris a représenté pour les peintres du début du XXe siècle, pour les écrivains américains des années 20 et 30, et de tous temps pour les jeunes provinciaux rêveurs – un mode de vie qui a pris la forme, pendant quelques années, à Saint-Germain-des-Prés, de l’existentialisme. Une esthétique de la rencontre inattendue, de l’échange intellectuel, de l’affranchissement par l’expérimentation. Depuis 1986, quelques figures de proue se détachent. Idoles littéraires. Maîtres de pensée. Références absolues, indiscutables, éternelles, intemporelles : permettez moi d’en dessiner rapidement les contours. Et Hemingway, toujours : « nous ne sommes rien sans ceux qui nous précèdent ».

 

Esprit Quoirez, un certain jour au Café de Flore.  Françoise Princesse de Sagan, épouse en  justes noces, en référence à un personnage de Proust (Hélie de Talleyrand Périgord.  Ce vers d' Éluard : « Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse... ». Bonjour François Mauriac. Qui écrit à la Une du Figaro : « (…) ce Prix des critiques décerné (…) à un charmant petit monstre de dix-huit ans (dont) le mérite littéraire éclate dès la première page n'est pas discutable. ».

Esprit Gracq, un jour à l’Odéon, par ce que le premier grand ouvrage critique est consacré à André Breton, envisagé non pas en tant que chef de file du mouvement surréaliste, mais bien en tant qu'écrivain, ainsi que l'indique son sous-titre : Quelques aspects de l'écrivain. Pour autant, le choix de ce sujet d'étude, outre qu'il correspond à un désir ancien d'écrire sur l'auteur de Nadja, s'inscrit dans un contexte de polémique autour de la nature et de l'actualité du surréalisme en regard des orientations nouvelles de la littérature « engagée » : en 1945, Benjamin Péret a écrit Le Déshonneur des poètes, qui dénonçait la notion de poésie engagée. En 1947, lui répondent Roger Vailland, dans un pamphlet intitulé Le Surréalisme contre la révolution et Tristan Tzara dans une conférence sur Le surréalisme et l'après-guerre, tandis que Jean-Paul Sartre explique au même moment que « le surréalisme n'a plus rien à nous dire ». En s'intéressant à la figure de Breton, Julien Gracq prend le parti de Breton et de Péret, aux côtés de Maurice Blanchot, de Jules Monnerot et de Georges Bataille, contre les « compagnons de route » du Parti communiste, Sartre en tête, envers qui il manifestera une hostilité constante. De ces 10 lignes, vous savez tout de ma vie littéraire, ainsi que de ce qui me pousse à lire et à écrire...

Esprit Blondin, 1996, un jour rue du Bac, parce qu’il évoque avec des accents céliniens la passion de l'alcool dans Un singe en hiver (1959), et qu’il marque le quartier de Saint-Germain-des-Prés de ses frasques, jouant à la "corrida" avec les voitures, multipliant les visites dans les bars et collectionnant les arrestations dans un état d'ébriété avancée. Comme moi, parfois.

Esprit Sartre, que tu cites Grégoire deux fois avant ta centième page. Parce que depuis Les Temps modernes, depuis Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty et Raymond Aron, à mon humble avis on n’a pas fait mieux. Parce que dans le long éditorial du premier numéro, Sartre pose le principe d'une responsabilité de l'intellectuel dans son temps et d'une littérature engagée. Pour lui, l'écrivain est dans le coup « quoi qu'il fasse, marqué, compromis jusque dans sa plus lointaine retraite (…) L'écrivain est en situation dans son époque. » Cette position sartrienne dominera tous les débats intellectuels de la deuxième moitié du xxème siècle. Ainsi, Sartre, Symbole de l'hégémonie intellectuelle du courant existentialiste met fin à la tradition philosophique de la neutralité de l'écrivain, telle qu'elle s'était manifestée en France et en Allemagne pendant le pétainisme et le nazisme. Esprit Sartre qui veut à l'époque se rapprocher des marxistes, qui rejettent une philosophie de la liberté radicale, susceptible d'affaiblir les certitudes indispensables au militant: dans le texte de la conférence Sartre expose le leit-motiv de l'existentialisme, l'homme ne peut pas refuser sa liberté, la liberté tend au futur, tout acte de liberté est projet, la réalisation d'un projet individuel modifie la réalisation d'autres projets individuels, chaque individu est responsable vis-à-vis de son projet individuel et du projet des autres, la liberté est le fondement de toutes les valeurs humaines, l'engagement dans les choix des sociétés rend l'homme un homme à part entière. La pensée sartrienne, protéiforme, se déploie partout : phénomène rare dans l'histoire de la pensée française, une pensée philosophique technique et austère trouve, dans un très large public, un écho inhabituel. L'existentialisme, qui clame la liberté totale, ainsi que la responsabilité totale des actes de l'homme devant les autres et devant soi-même, se prête parfaitement à ce climat étrange d'après-guerre où se mêlent fête et mémoire des atrocités. Vous savez désormais pourquoi, contrairement à tous mes héros de roman, je n’ai pas la mémoire courte.

Esprit Jean Rhys, au Lutétia, 24 juin 2010. Tendre est la nuit. Les nuits de cette Rive gauche, Me voici brinquebalée en 1927. Mer étale de Chagrin. Solitude. Ivresse. Phares, noirceur, petite mort. J’ai découvert tardivement ces nouvelles :"Les Tigres sont plus beaux à voir", et "Ma journée", depuis un extrait paru dans un "Vogue", de 1975. Et je n’en finis pas de m’enfoncer avec les écrivains américains, britanniques et français.

 

Esprit Ferre, un jour au quartier Latin, un autre à la Sorbonne, avec des acolytes comme vous. Le roi Léo, et ses déclinaisons poétiques (Aragon, Eluard, Apollinaire). « Ses cris, sa tempête » chante Souchon. La vie d’artiste. « rappelle toi, je t’ai aimé, et même si ce n’est pas vrai, il faut croire à l’histoire ancienne». Dans « Préface », te souviens tu, Grégoire, Léo parle de toi ! Il les clame sur tous les tons les accents parisianistes. Et puis, il y a ceci : « Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt: les capitaux, la publicité, la clientèle. ».. Plus loin, « Celui qui ne se soumet pas est un homme mutilé ». Esprit Delacourt, rue Delambre. J’ai cherché un slogan publicitaire digne de ce nom : A part le très attendu « le Prix rive gauche fait la cour à Delacourt », ce qui tu en conviendras est complètement nul, je n’ai rien trouvé. Applaudissements. Ton premier  roman est une très belle réussite. J’ai profondément aimé cette histoire simple. cette histoire familiale. Je le vois et le ressens comme un roman d’apprentissage, drôle, triste, léger et grave.  Ton livre est générationnel. Des vicissitudes de l’ambition littéraire supposée de l’enfant, du jeune homme, de l’homme, tu réalises une peinture d’époque, d’inspiration raphaélique par endroits, plus baroque par d’autres,  avec ses errances, ses fulgurances, ses désirs inavoués, ses replis. Ses blessures aussi.  Le petit garçon réalise le rêve de ses parents. Et toi, ton rêve d’enfant, ça me connaît bien ses histoires de famille, de transfert, de mutation.. Tu nous expliques comment  on devient un homme, trente ans d’une éclosion, une enfance en sommeil, et on sent ta personnalité qui se déploie à chaque page, qui s’épanche par les lignes. Quelque chose de tentaculaire et parfois d’hybride aussi se dégagent. Dieu, que j’ai aimé ton son sens de la formule, qui fait mouche à chaque page. Très touchée par les références et les connotations de l’époque. Tu ne m’en voudras pas de sauter de Sheila à la tragédie de Los Alfaques, c’est juste pour dire que la petite musique de l’insouciance, de l’innocence est là, émaillée de ses plages de gravité. Tes trois personnages principaux sont importants, un homme un peu lâche, des femmes pas très affranchies, qui réalisent elles-mêmes les rêves de autres, mères nourricières, femmes des années 60 qui se jettent dans la vie à corps perdu. Je te cite enfin :  « Ecrire fait souffrir », ‘J’écris toute la nuit », «  le comble pour une famille qui comptait son propre écrivain », « Ecrire guérit »,  « Ecrire, ça te tue », p 202 « J’écrivais mais ne guérissais pas », «  J’ouvris mes cahiers, voilà j’y étais ». Je posais « Nord matin sur le bureau de l’écrivain débutant », « je me remis à écrire ».des rêves d’enfant connectés à ceux des personnages adultes vraisemblables. J’ai beaucoup aimé l’épigraphe de Lionel Duroy à propos des livres qui peuvent être destructeurs et, naturellement, j’ai lu tous les romans que tu cites Fallet, Duras, Wharton. Afin de clore cette longue allocution, longue mais généreuse je crois et nécessaire, j’aimerais te parler de l’écriture, de la grâce de l’écrit, de sa substance : c’est le fil conducteur de ton livre, le lien céleste, pas un chapitre sans qu’il ys soit fait allusion.

Je me demande ce qu’est l’écriture si ce n’est manifester violemment qui on est ? Je me demande ce qu’est l’écriture si ce n’est l’expansion de sa liberté. Je me demande ce qu’est la vie d’écrivain, si ce n’est un cri qui ne soit pas réprimé, un regard délesté de tout protocole, sur les choses ?  Qu’est-ce un écrivain si ce n’est quelqu’un qui se révolte, quelqu’un qui témoigne, qui cherche la vérité, quelqu’un qui va tenter de s’approprier le temps, de « voyager avec lui »,  de l’investir, de le réinventer, de l’anticiper même ?  Que peut le texte littéraire sans le recours aux symboles, à la fiction, à la poésie, et l’écrivain sans l’organisation cohérente entre ces trois choses ? Pour exprimer, concevoir, figurer, il faut un regard. « c’est le regard qui apporte une espèce de logique, de poésie et plus loin se profilent les angles perdus de nos champs de mémoire. » Ecrire suppose, en effet, une tentative d’inscription dans une éternité, et l’écrivain s’assigne à capter ce qui n’existe pas, à capturer ce qui n’est pas détectable. Son travail d’écriture est une permanence floue qui transcende les limites du temps. Pour la lecture, c’est le même constat. Lire, comprendre un texte, supposent à la fois le constat de la distance temporelle, mais aussi la tentative de dépasser celle-ci. La mémoire est une rencontre des temps qui nie le principe de succession. C’est bien parce qu’elle peut vaciller, ou être totalement désorganisée que toute littérature doit être lue et pensée selon des modes qui rendent impertinentes les catégories temporelles. Le désir d’éternité est une ambition. Il faut relire Spinoza et « ses pensées de l’éternité ». J’ai envie de dénoncer les puristes qui estiment que nous sommes entrés dans l'ère du post-littéraire, de la non-transmission, que la littérature va cesser d'exister, qu’elle souffre d’un aplatissement général, subissant la relation transversale. J’ai envie de vous interpeller sur ces questions. Je pense souvent à Jean Echenoz, Michel Houellebecq, Milan Kundera, ces « penseurs de l’éternité » : chacun propose un univers où abondent les questions sur l’époque et se diversifient les pistes de réflexions. L’écrivain d’aujourd’hui, appelons le « a-temporel », n'a pas qu'un rôle esthétique. Il traverse son époque, intéressante et violente, il faut que son discours imprègne, que son langage bascule dans l'inconnu. Avec son style novateur, le « capteur du hors-temps » prend des risques, décrit son temps avec émotion, se pose en témoin primordial, s’approprie le monde et l’au-delà si possible. Chaque territoire devient l’épicentre de ses émotions, le réceptacle de ses interrogations, c’est une forme de conquête sur soi. Pour accéder à l’universalité, il sera et restera lisible. Ne se planquera pas derrière son œuvre. Restera bouleversé par Hemingway. Ou inscrira ses pas dans ceux de Sagan pour la posture générationnelle. Ou parlera avec bonheur de cet esprit de filiation ou de continuité incarnée par ses maîtres. Qui peut se passer de guides et de figures imposantes ?. Il citera Saul Bellow : « un écrivain, un vrai, met sa vie en jeu au sens où il n'existerait plus s'il n'écrivait pas. Sa quête est spirituelle ». Le « capteur du hors temps » fait la part belle à l'espièglerie, à la liberté, à la satire, à la frivolité, voire à la futilité, et défend la place de l'écrit au sein du monde des images et du verbe. Il choisit même l'oralité des débats. Avant tout, il préserve la littérature, il en fait son combat d'avant-garde. C’est sa quête du Graal. Il parle de Bataille, de Boulgakov, de Vian partout de façon décalée. Il pose la littérature où cela est possible, quitte à la tagger, à l’enseigner. L’écrivain d’aujourd’hui ne perd pas son âme. Le roman contemporain fait le pari du temps, du silence, de la mémoire et de l’empreinte, s’il n’est pas une vaine réplique des romans du XIXème siècle. Possède t-il ce réflexe constant de regarder Stendhal ou Proust par la fenêtre, envie t-il les mêmes traits d'esprit que Wilde, ressent il le besoin de se confesser comme Musset, rêve t-il d’incarner « un héros de son temps », comme Lermontov, l’écrivain a-temporel touchera l’universel s’il opte désormais pour une littérature sans académisme, innovante, et dégagée de diktats. Il admire Maurice Blanchot parce qui a dédié sa vie à la littérature. Il prend soin de travailler chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe à la manière d’un Flaubert égaré. Il tente de faire sortir la centralité humaine de son roman et de déplacer l'objectivité à l’égal de Robbe-Grillet, il envie Nathalie Sarraute pour son regard extrêmement aigu sur elle-même et sur les autres écrivains, il est lien permanent entre l’avant et l’après, assurant la continuité. Précisément, à un moment donné, au milieu de la masse, il s’interroge : pourquoi conserver cette ritournelle franco-française de rentrée littéraire ?  Tradition oblige du cépage des vendanges de septembre, de janvier ? Finalement, en quelque sorte, la rentrée sacralise « cette quête de l’éternité » qui nous aspire tous, qui nous prend le corps et l’esprit. Le coup de projecteur braqué encense ou bannit. Comme aux courses, on mise sur le meilleur cheval, qui reste en lice ?, les paris sont ouverts. Et quelle importance ! La rentrée littéraire flatte, enorgueillit, déçoit, bafoue. Mais si le projecteur n'a qu'une zone d'éclairage limitée et que, face à la profusion, la sélection ne retiendra qu’un petit nombre d'heureux élus, ce rite précieux au début de l’automne signifie à quelqu’un que son oeuvre VAUT pour avoir traversé l’espace et le temps VECU, où l’oubli n’a surtout pas sa place.


Aujourd’hui 30 juin, je te remets ce premier Rive Gauche à Paris, Ecrivain de la famille, et te souhaite la bienvenue dans la familles des écrivains.

A vous mes chers amis, mes très chers amis, venus pour certains de très loin. Et je les en remercie.

A mes fidèles, ceux qui me suivent, me ressemblent et me soutiennent,

Le 29 juin 2012

A Olivier et Stéphane, futurs Collégiens, lauréats du jour et de l’année.

..................Cette Rive gauche à Paris chantée par Souchon, à qui ce Prix emprunte le titre, à qui j’ai voulu, vous l’aurez compris, rendre un hommage appuyé, de façon brute, dépouillée, dans un rythme scandé et incantatoire. A ceux qui ignorent encore ou feignent de croire qu’est l’esprit Rive gauche, ce texte si littéraire dit bien ce que Paris a représenté pour les peintres du début du XXe siècle, pour les écrivains américains des années 20 et 30, et de tous temps pour les jeunes provinciaux rêveurs – un mode de vie qui a pris la forme, pendant quelques années, à Saint-Germain-des-Prés, de l’existentialisme. Une esthétique de la rencontre inattendue, de l’échange intellectuel, de l’affranchissement par l’expérimentation. Du Luxembourg à l’Ile Saint-Louis,  - je ne cite que l’essentiel – imprégné totalement de cet esprit Rive Gauche, voilà ce qu’est avant tout Bohème. Quelqu’un m’écrit : Olivier Steiner a  fait très fort. Véritable prouesse littéraire.  Performance littéraire. « Réussir à nous faire palpiter sur cette histoire d’amour avec des textos et des mails sans qu’on décroche. De si beaux moments d’écriture.. Sybille de Bollardière, qui nous a conseille votre livre : j’ai lu Bohème le souffle coupé. Je l’ai lu et relu, j’ai annoté,  j’ai retrouvé ce que j’attends d’un grand livre : une écriture, une force qui vous entraîne au-delà du récit jusqu’en vous-même, dans ce tréfonds où il laissera sa marque ; j’ai grandi avec les livres, souffert, aimé, et avec eux, et certains font partie de ma famille, je serais ravie que vous fassiez une grande place à Bohème. Quelqu’un d’autre : Olivier Steiner a raconté ce duo improbable qui, à travers leurs échanges épistolaires, convient le lecteur à marcher sur le fil. Bohème est un feu d’artifice. Et son bouquet  final est  éclatant… Camille Laurens : Bohème réinvente en même temps l'amour de la poésie courtoise, le genreépistolaire, le romantisme passionné du XIXème siècle et l'autofiction pour raconter avec lucidité une histoire ultra contemporaine bouleversante. Personnellement, ce livre fut pour moi une révélation. Un choc. Vous êtes intrinsèquement un écrivain. Je vous suis les yeux fermés  lorsque vous écrivez qu’il n'y a pas d'idées, pas de thème, de sujet, d'objet, d'espace privé, que ça n'existe pas. Qu’il n'y a que des personnes et des choses, des faits, des grands et des petits, il y a vous, il y a moi, de la vie qui passe au travers, nos actes, qui irriguent tout, discrètement, des regards, des gestes, des intentions à travers le tamis des petits riens si petits qu'on ne peut rien en dire» « Je vis au fond de lui comme une épave heureuse", écrit le poète René Char. On se demande jusqu’où peut mener cette déambulation malheureuse, ce désir puissant d’absence, de vide, cette quête passionnée et passive à la fois ? En effet, peut-être bien à la littérature.

Votre roman est incandescent, j’ai eu le sentiment de voyager au coeur d’une galaxie amoureuse. Ne jamais manquer de souffle, ne jamais être en perte de vitesse. En alerte. Alors oui, vous êtes parvenu à tomber juste du premier coup, à trouver l’écriture du sentiment amoureux, à le découvrir comme une terre inexplorée. Vous racontez deux êtres qui ne se ressemblent nullement.  Non seulement parce qu’ils n’ont pas le même âge, le même penchant sexuel, la même situation sociale. Mais encore parce qu’ils n’ont pas le même langage, le même usage des mots, le même rapport au vide. Peut-être sont-ils simplement chacun, en effet, "la part manquante" de l’autre, celle qui souffre en silence.

Ici, au sein du Collège, nous avons aimé la dimension que prend leur vie, et ce qui les arrache à eux-mêmes. A fleur de peau, toujours sur le fil. Au fil de leurs échanges de mails, de SMS et de messages vocaux,  c’est le sentiment d’amour excessif qui va naître et se déployer de façon évidente. On y croit, on le vit même avec eux. Lauren Malka : on traverse leur histoire comme on entre dans un bain trop chaud, on s’habitue à cette chaleur, on transpire et on en ressort malade, suffocant et fiévreux, comme après un roman d’Annie Ernaux, à qui Olivier Steiner fait plusieurs fois référence. Vous dîtes d’elle « Elle traite la surface des choses pour dire la profondeur ». C’est vrai que ce roman "épistolaire" nous a troublé autant qu’il a cherché à nous consoler. Pour poser sa main sur notre front, comme Pierre le fait souvent à Jérôme à travers ses messages et pour apaiser notre émoi. Jérôme est seul, nous dit le livre, et il le restera. Mais il a trouvé une possibilité de vivre en comprenant que l’amour naissait, comme la littérature, dans l’acceptation de ces passions simples, dans la banalité d’une phrase ou dans le cliché d’une situation.  Votre livre m’a subjugué pendant trois jours, il m’a malmené, et rassuré aussi. J’ai eu l’impression de ne plus être seule, de ne plus être décalée, de ne plus être une extra-terrestre. Je me suis dit qu’il y avait d’autres gens qui vivaient dans l’extrême, à ressentir tout à l’extrême, qui absorbaient tout, qui étaient là en éveil, sur le fil, à palpiter tout le temps, qui éprouvaient en alternance de la tristesse comme de la joie, de la déception comme du plaisir à une vitesse incroyable. On a envie de rencontrer  Jérôme, de côtoyer cette personne si vivante, de lui dire « votre brûlure, les contusions de votre âme, c’est ce que je vis au quotidien ». Votre livre est d’une puissance rare, votre écriture magnétique et envoûtante, surtout quand vous écrivez crescendo le désir, embrasé par la musique de Wagner qui porte la douleur de deux êtres qui connaissent trop les chemins balisés de la cristallisation pour la risquer à l’épreuve du sexe, et préfèrent « se shooter au lyrisme ». En tant qu'écrivains, il me semble, à votre égal, que nous aspirons naturellement à l'invisibilité, à la dissolution, à l'oubli de soi, au lâcher-prise, je cherche à me noyer dans le tout, dans la "respiration universelle" comme disait Wagner. Et cette voix dans le livre, qui nous chuchote que l’on ne nous cache rien, que l’on se livre complètement à nous, sans barrières. La possibilité de ne pas sombrer, il l’a trouvée en inventant ces garde-fous – la littérature, l’amour – Vous avez écrit sur les réseaux sociaux que vous n’étiez pas Hervé Guibert. Certes. Il n’empêche que j’y ai retrouvé la même chair, le même corps à corps, le même corps à cœur, le même surplus d’âme, à cause du coté transfiguré, habité, de ce qui sort de soi, qui est bien au-delà de l’écriture..

 

Je me souviens de cette émission que vous aviez produite en 2009 pour France Culture, sorte de documentaire littéraire construit dans le prisme du Ravissement de Lol V. Stein, roman magique et déroutant de Marguerite Duras, roman où tous les niveaux d’interprétation se superposent. Je sais que vous êtes un durassien invétéré, que votre démarche créative, voire identitaire est – comme dire ! – portée par cette influence. Vous avez, en effet, filmé les visages comme les paysages. Vous avez filmé la peau, et toucher du regard, jusqu'à l'abstraction.. Car certains mots font matière. Tout semble inventif, libre, poétique, actif et méditatif tout à la fois. Lorsqu’on interrogeait Duras à propos du dérangeant Ravissement, elle répondait : «Ce que je reproche aux livres en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. Ce sont des livres charmants, sans prolongement, sans nuit, sans silence. Autrement dit, sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s’inscrivent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute une vie, le lieu commun de toute pensée. » Accordez moi l’indulgence du pléonasme :  Duras aurait assurément trouvé que votre livre est libre.

 

Prix Rgap de la revue littéraire

Stéphane Million.

C’est la première fois qu’une revue littéraire est récompensée.

Je suis fière de cela et heureuse que cela soit toi qui ouvre la série.

Bordel est une revue littéraire créée en 2003 par Frédéric Beigbeder, à l’époque responsable éditorial chez Flammarion, et Stéphane Million. Initialement sous-titrée Ouvert à tous, la revue Bordel se présente comme une « initiative bordélique » de mélanger des écrivains en leur laissant toute liberté. Les textes qu'elle propose représentent alors une « promenade vigoureuse et décapante dans les étages de l'écriture d'aujourd'hui : réalisme trash, satire destroy, pamphlet nihiliste, poésie désabusée, exhibitionnisme froid, auto-fiction mythomane, imagination narcissique ».

 

Je ne suis ni juge ni parti, je précise que je n’ai jamais écrit pour la revue de Stéphane.

 

Imaginez : une revue composée uniquement de nouvelles inédites. Nouvelles françaises. Une revue qui a un format (et donc un prix) de livre. Une revue vendue en librairie.. Et qui, comble de l’inutile, s’appellerait “ Bordel” . Si cette revue existait, elle serait branchouille,  et incompréhensible.

Cette revue existe bel et bien.

Chloé Delaume avait écrit en 2007 : « Cette revue, c’est comme si la Star’Ac rencontrait l’Oulipo et les Beaux-Arts, avec de vrais tatoués par la vie et des rejetons un peu nantis de Paris. Bordel est certes branchouille, mais n’est ni snob ni inutile. Et constitue, le thermomètre expérimental d’une certaine jeune génération littéraire française.

Bordel est bi-annuel. Le but est de créer de l’émulation, de se faire plaisir, de découvrir de nouvelles têtes.

De 2003 à 2006, la diffusion de la revue est donc assurée par Flammarion qui publie cinq numéros, avec Frédéric Beigbeder comme directeur littéraire. La revue collabore alors avec des auteurs médiatiquement reconnus. Les numéros 6 et 7 seront publiés, eux, chez Scali. À partir de 2008, Stéphane Million crée sa propre maison d'édition laquelle reprend à son compte la publication de la revue qui fait alors une part plus grande aux auteurs inconnus du grand public.

Jérome Attal, Arnaud le Guilcher, Chloe Alifax, Fanny Salmeron, Mathieu Jung, Serge Joncour,  Philippe Jeanada,  Eric Bénier Burckel, David Foenkinos, Sophie Adriansen Catherine, Millet, Denis Parent, Michel Houellebecq, Nicolas Rey, Virginie Despentes, Pierret Mérot, Christophe Tison, François Taillandier, Grégoire Bouillier, Charles Berbérian, Bernie Bonvoisisn, Philippe Sohier, Alexandra Geyser, Roxane Duru, Jp Christopher Malitte, quelques autres et bientôt Michel Déon à la rentrée 2012,  composent ce Bordel et entretiennent le foutoir !

Rive gauche à Paris

le 28 juin 2013

Cher Thadée de Rola,
Chers amis collégiens,
chers amis de Paris et d’ailleurs, chers tous et toutes ici présents.

Allocution.

Nous voici enfin réunis ici pour la troisième année, sur les ruines du Dingo Bar, 87 ans plus tard après un certain jour d’avril 1925, où i l arriva une chose bien étrange la première fois qu’Hemingway rencontra Francis Scott Fitzgerald et qu’il ne put jamais oublier, « très tremblants au bord de la vraie vie », qu’ils furent  eux aussi !, enivrés, vous précédant.. La suite de l’histoire, pour ceux qui l’ignoreraient encore se trouve  dans Paris est une fête.. .  La majorité du Collège a plébiscité « Vie rêvée » parce qu’en ces temps déprimants, votre livre est  un bain de jouvence, un élixir de nostalgie, vous avez cette manière inouie de remonter le temps, de faire revivre des personnages très romanesques. Vous saisissez les êtres , les moments et les lieux avec éclat et poésie. Vous avez  le sens des descriptions, des situations.  Vous êtes incontestablement un piéton de Paris qui témoigne un goût très sûr pour les choses vues, les portraits que vous brossez  en un tour de main habile. A la fois roman d’amour, journal littéraire et conte intime,  portrait d’époque , de cette époque disparue, qui a peu à voir avec ce qu'on nomme la jet-set aujourd'hui, votre « vie rêvée » est emprunte de ses tons surannés particuliers aux ciels mauves et de cette mélancolie fitzgeraldienne que nous chérissons ici et et à qui - chacun le sait bien désormais - ce Prix littéraire est dédié.  « Vie rêvée » est un long poème prosaique, (j’y reviendrai plus tard) tout en frissons, en pointillés, somme de premières fois, de renoncements, de trébuchements, de failles aussi.  Long poème incantatoire et solaire, éclairé et éclaté, lustral à souhait, magnifique et virevoltant. . »Les mouvements du coeur » sont partout, vespérals, errants comme la bohème. Les corps, les images, les êtres, épousent totalement les lieux, abandonnés au mimétisme de circonstance.  Volontiers désordonné, la juxtaposition des jours , des paragraphes, m’oint bluffé et entretiennent la singularité que tout se confond entre les heures du jour et de la nuit. Comme chez Bonnefoy, vous nous montrez des paysages derrière des visages peints, des anges drapés d’or et de lumière, ce beau monde qui vous entoure vous amuse  J’ai aimé, nous avons aimé les périgrénations de cette vie insousciante, hédoniste et fataliste aussi que vous dépeignez de manière si fantasque.  Vos vingt et quelques ans  sont des poèmes à faire et ce récit bavard et  sensationnel tente de tous s’approprier sans limites comme quelqu’un qui ne conçoit la réalité qu’en dehors de lui-même.   D’aileurs, vous l’écrivez, je vous cite - «  la vie, l’amour, sont faits de cette poursuite folle, acharnée, haineuse, désespérée, , pour avoir un être, celui qui s’échappe, , pour se l’arracher, et tout savoir de lui.  Partout, dans les villes, les pays, les endroits dans lesquels vous vous trouvez, où l’on croise des témoins fameux, qui ressemblent à des apparitions- , il y a toujours la mort et la vie qui bougent dans les mots, cela a toujours le goût de l’éternité, et de la vérité. De ces fragments, je retiens également que l’insouciance et la paresse domptées par l’acuité, le sens de l’observation insigne donnent à voir beaucoup de choses aux personnes contemplatives.  Lorsque vous citez Rilke,  « ne savais tu donc pasque la joie est une frayeur dont on n’a pas la crainte », je ne vois plus de distance,, plus d’images floues, tout me semble dit et intact comme l’est le miracle du  premier jour. Un homme tente d’écrire, il veut inventer, faire et défaire, faire s’emboîter des petites histoires, agencer des fictions, en dépit du violent refus de lui-même : la peur souterraine de vaincre sans doute. Nous avons été très sensibles à la manière dont vous avez écrit votre vie, à la lumière changeante, la façon dont vous avez avez effectué des détours, improvisé et dresser des tableaux colorés, inondé votre vie de brèves érudites, roulé comme une pierre, en aimant, en désaimant.   Vous citez Blanchot, « Les astres ne sont que des trous dans le ciel, des vides par où l’énigme d’une lumière cachée  se rassemble et se déverse » et nous ouvrons les yeux.. Votre « vie rêvée » est une fresque chamarrée, un voyage infini. Plein de ces langueurs tourmentées, de ces ondulations exquises, de ces traversées d’êtres exsangues, de ces dialogues subtils,  et voilà que les visages et les histoires cessent d’êtres immobiles.  En clamant cette chanson de Barbara sous forme de poème scandé, en rendant du coup directement hommage à ces trois figures de la rive gauche à Paris, je voulais vous dire que cet éclat de voix de cette femme fringante  m’a amené vers vous, et que votre opus contient à l’instar de toutes les proses, la force de tous les vécus condensés, qui dépasse de loin les livres que vous avez lus, les personnages que vous avez rencontrés, les poèmes que vous avez récités, les corps que vous avez frôlés   Page 56,  vous écrivez que « les chants croisés des oiseaux donnent au jardin ses dimensions, sa profondeur. »   Voilà, votre livre est un chant.  Un chant d’amours.

Jeffrey  Eugénides

Jeffrey Eugenides est le premier lauréat du Prix Rive gauche à Paris du roman étranger. Considérant qu’à mon humble avis, « le roman du mariage » est un chef d’oeuvre , je me dis que cela augure bien de l’avenir. Pardon pour cet accent de vantardise. Le Collège littéraire a chois le roman d’Eugénides parce qu’il fut sensible à la force de frappe de ce roman d’initation aux utopies et à la réalité, en ce qu’il explore ce moment vulnérable de la jeunesse où les décisions que l’on prend peuvent marquer toute une vie. De fait, il pose la question primordiale du choix à l’ère d ela liberté. .Le Roman du mariage est, avant tout, un roman d’initiation – aux utopies et à la réalité. mais surtout à l’amour et à ce qui s’y dévoile de soi. Nous avons aimé ces trois étudiants qui forment un trio amoureux constamment tiraillé entre leur réalité sentimentale et les théories qu’ils apprennent en fac. C’est avec ce fil assez mince qu’Eugenides va tisser 550 pages, explorant toutes les nuances des sentiments et des émotions, sans cesse heurtées par l’image que chacun d’eux se fait de sa vie et l’appréhension intellectuelle de ce qu’ils vivent, y appliquant la grille critique et théorique de certains des livres qu’ils étudient. L’ambition affichée d’Eugenides dès le début de son texte est manifesteùment d’avoir voulu: revisiter les grands romans du XIXe siècle sur le mode contemporain. Peut-on encore écrire un “roman du mariage” comme le firent Jane Austen ou Henry James. Le mariage devenait un objet romanesque dès lors que la liberté sociale, amoureuse et sexuelle était limitée : C’était cette dimension tragique qui constamment se jouait dans les choix des héroïnes du XIXe, conférant une intensité grave au roman. Ce qui passionne dans Le Roman du mariage, c’est qu’Eugenides y pose encore la question rigoureuse et intellectuelle de la sélection dans une société beaucoup plus libre et permissive qu’un siècle plus tôt : “Car même dans un temps où nous devrions être plus libres, nous rencontrons encore d’autres limitations, d’autres entraves à notre liberté. La névrose, la dépression, par exemple, représentent une nouvelle façon de ne pas être libres.” Dans le  Roman du mariage, et ce n’est pas un mince détail, il y a bien: la possibilité de se reprendre en main si l’on en a envie, de reprendre les rênes de sa vie et de se réinventer à chaque instant. Les trois protagonistes auront vécu, c’est une expérience qui les aidera à savoir ce qu’ils veulent vraiment et ce qui leur convient profondément, en amour comme dans la vie.”  Hors de leurs rêves sentimentaux, de leur idée de l’amour, de ces images véhiculées par les romans dont ils se gargarisent. C’est à ce moment que s’arrête ce très beau roman de formation dans le sens le plus classique du genre, avec naturellement le merveilleux idéalisme de leur jeunesse.

Schnock
Cher Alexandre,
Chers Christophe et Laurence,
Cher Erwann,
et à tous nos camarades réciproques.



Schnock que j’ai découvert  seulement début 2011, par un curieux concours de circonstances auquel la vie littéraire nous a habitué , s’adresse à des gens comme moi.

J’aime Schnock, pas forcément parce que j’ai 48 ans,  parce qu’il est décalé et qu’il a l’esprit « Revival » et une touche « à l’ancienne, » à l’image de ce Prix.

Schnock est déjà une revue culte, pop et ironique, iconoclaste, inattendue, bruyante, singulière et troublante.

Schnock sort du lot et me fait rire. (ce qui est un exploit)

Dans le dernier numéro de Schnock, il y a un excellent  entretien  d’Angelo Rinaldi mené par Eric Naulleau, pour lequel j’ai un faible . Rinaldi parle avec bonheur des romans de Dominique Fabre, ici présent, et dont l’avant dernier-livre était en compétition l’an passé.

 

A une forte majorité, nous avons choisi d’attribuer le Prix Rive gauche à Paris de la revue littéraire à Schnock.


Quatrième de couv :

Si vous aussi, vous ressentez l’envie d’échapper à l’hystérie de l’époque en faisant un pas de côté et en tournant poliment le dos au jeunisme ambiant, cette revue est faite pour vous. Elle vous fera replonger dans des œuvres parfois oubliées, rencontrer des personnages hauts en couleur, mémoires encore vivaces de notre patrimoine culturel, vous permettant ainsi de satisfaire vos goûts de jeune ou vieux Schnock. Ni rétrograde, ni passéiste…

Elle a pour mission d’explorer la culture populaire, au sens le plus large et d’en faire revivre aussi bien les œuvres les plus respectables (mais parfois oubliées) que les personnages les plus iconoclastes.

Avouons-le d’emblée : Nous aimons les «Schnocks». Nous discuterons donc longuement avec ces figures d’un autre temps : forts en gueule, élégants débraillés, râleurs en boucle, maltraitant la bienséance et une certaine idée du «bon goût», s’affranchissant des modes et de l’air du temps. Ce sont, à un moment où nous-mêmes commençons à subir les ravages du temps et à cultiver avec délice une certaine morgue à l’encontre des générations qui nous succèdent, nos « résistants » à nous…

Prix d’Honneur à Jean-Marc Roberts.

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