Les amours impossibles de Robert Desnos

"Je sors bouleversé d'une lecture des derniers poèmes de Desnos. Les poèmes d'amour sont ce que j'ai entendu de plus entièrement émouvant, de plus décisif en ce genre depuis des années et des années. Pas une âme qui ne se sente touchée jusque dans ses cordes les plus profondes, pas un esprit qui ne se sente ému et exalté et ne se sente confronté avec lui-même. Ce sentiment d'un amour impossible creuse le monde dans ses fondements et le force à sortir de lui-même, et on dirait qu'il lui donne la vie. Cette douleur d'un désir insatisfait ramasse toute l'idée de l'amour avec ses limites et ses fibres, et la confronte avec l'absolu de l'Espace et du Temps, et de telle manière que l'être entier s'y sente défini et intéressé. C'est aussi beau que ce que vous pouvez connaître de plus beau dans le genre, Baudelaire ou Ronsard. Et il n'est pas jusqu'à un besoin d'abstraction qui ne se sente satisfait par ces poèmes où la vie de tous les jours, où n'importe quel détail de la vie journalière prend de l'espace, et une solennité inconnue. Et il lui a fallu deux ans de piétinements et de silence pour en arriver tout de même à cela".

Lettre d' Antonin Artaud à Jean Paulhan


Les dents des femmes sont des objets si charmants

qu’on ne devrait les voir qu’ en rêve ou à l’instant de l’amour.
Si belle! Cybèle?
Nous sommes à jamais perdus dans le désert de l’éternèbre.
Qu’elle est belle.
“Après tout”
Si les fleurs étaient en verre
Belle, belle comme une fleur de verre.
Belle comme une fleur de chair.
Il faut battre les morts quand ils sont froids.
Les murs de la Santé
Et si tu trouves sur cette terre une femme à l’amour sincère…
Belle comme une fleur de feu
Le soleil, un pied à l’étrier, niche un rossignol dans un voile de crêpe.

Vous ne rêvez pas

Qu’elle était belle

Qu’elle est belle.

etoile-de-mer1couv-1.jpg

Premier numéro de la revue "L'étoile de mer" de Robert Desnos

Women’s teeth are such charming objects
that one ought to see them only in a dream or in the instant of love.
So beautiful! Cybèle?
We are forever lost in the desert of eternal darkness.
How beautiful she is.
“After all”
If the flowers were in glass
Beautiful, beautiful like a flower of glass.
Beautiful like a flower of flesh.
One must beat the dead while they are cold.
The walls of the Santé
And if you find on this earth a woman of sincere love…
Beautiful like a flower of fire
The sun, one foot in the stirrup, nestles a nightingale in a veil of crepe.

You are not dreaming.

How beautiful she was
How beautiful she is.

“L’Étoile de Mer,” dédié à Yvonne George, chanteuse de music-hall et offert à Man Ray

ray1.jpg
"L’étoile de mer" de Man Ray, la photographie surréaliste transposée au cinéma
(film muet, ci-dessous)


Les sources artistiques de Man Ray en créant L’étoile de mer semblent évidemment plus littéraires que picturales. Or, à la fin de son texte, Desnos ajoute également qu’à son retour de voyage, quand il vit le film de Man Ray, celui-ci avait réussi à s’approprier le texte pour en faire une oeuvre personnelle et que la réussite du réalisateur revient principalement à un triomphe délibéré « de la technique ». C’est alors que nous nous souviendrons que Man Ray, photographe de formation, est à l’origine de nombreuses expériences photographiques. Nous lui devons ainsi une recherche sur le morcellement des corps, ainsi que la découverte de la solarisation, ou un traitement des images à base de plages accidentellement lumineuses par allumage de la lumière pendant le développement de l’image photographique..

Lorsque Robert Desnos s'installe alors dans l'atelier du peintre André Masson au 45 de la rue Blomet, à Montparnasse, près du Bal Nègre qu'il fréquente assidûment, il s'initie à l'opium. C'est alors le temps des trois forteresses surréalistes : Breton, rue Fontaine, Aragon, Prévert, Queneau et André Thirion, rue du Château et cette rue Blomet où Desnos compte Joan Miró et le dramaturge Georges Neveux pour voisins. Clair, garni de bizarreries trouvées au marché aux puces et d'un gramophone à rouleaux, l'atelier de Desnos n'a pas de clé, seulement un cadenas à lettres dont il se rappelle la composition une nuit sur deux. De 1922 à 1923, il se livre là uniquement au travail de laboratoire dont doit résulter Langage cuit, ce que Breton appelle les mots sans rides, et à la recherche poétique. "Les Gorges froides" de 1922, année où il rejoint l'école surréaliste,  en sont l'un des exemples marquants. Plus tard, c'est sans doute également dans cet antre qu'il écrira The Night of loveless nights.

littérature rive gauche écriture

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×