A la recherche du temps brutal d'Ezra Pound

De toutes les grandes figures littéraires du XXe siècle, Ezra Pound a été l'un des plus controversés, il a également été l'un des plus importants contributeurs de poésie moderne. Dans une introduction aux Essais littéraires d'Ezra Pound, TS Eliot a déclaré que Pound "est plus responsable de la révolution du XXe siècle dans la poésie que n'importe quelle autre personne." Quatre décennies plus tard, Donald Hall réaffirmé dans les remarques recueillies en souvenir des poètes que «Ezra Pound est le poète qui, mille fois plus que n'importe quel autre homme, a fait la poésie moderne possible en anglais."

L'importance des contributions de Pound aux arts et à la revitalisation de la poésie au début de ce siècle a été largement reconnu, et pourtant, en 1950, Hugh Kenner pourrait prétendre dans son étude novatrice La poésie d'Ezra Pound, "Il n'y a pas grand écrivain contemporain qui est moins lu que Ezra Pound."
Pound n'a jamais cherché, ni eu, à un public large lecture; ses innovations techniques et l'utilisation de matériaux non conventionnels poétiques souvent déconcerté les lecteurs, même sympathiques. Tôt dans sa carrière, Pound a suscité une controverse en raison de ses vues esthétiques, plus tard, à cause de ses opinions politiques. Pour la plus grande partie de ce siècle, cependant, la livre consacré ses énergies à faire progresser l'art de la poésie et de maintenir ses normes esthétiques dans le milieu de l'adversité extrême.

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Qu'on ne s'y trompe pas. Malgré son prénom aux consonances bibliques et les airs de prophète qu'il prenait volontiers vers la fin de sa vie, Ezra Pound n'a été ni dans son œuvre ni dans son existence l’enfant de cœur tourmenté par la notion de péché ou d'humilité. Dis­sident de l'Amérique, du mauvais goût et des valeurs approximatives d'un pays où la Bible et le dollar tiennent lieu de référence, Pound l'est déjà dès son plus jeune âge. « J'écrirai, déclare-t-il à l'âge de 12 ans, les plus grands poèmes jamais écrits ».

En cette fin de XIXe siècle, en plein Wild West américain, il se découvre une vocation poétique pour le moins incongrue si l'on en juge par les préoccupations de ses compatriotes de l'époque, plus soucieux de bâtir des empires financiers que de partir en guerre contre des moulins à vent. Pendant des années, en subissant les vexations des cuistres, il va se consacrer à l'étude du provençal et à l'art des ménestrels et troubadours précurseurs de la littérature moderne.

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L’Arbre

Immobile étais-je, arbre parmi les arbres,
Sachant la vérité des choses jusqu’alors ignorées,
Vérité de Daphné et de son laurier,
De ce vieux couple né pour fêter la divinité,
Devenu orme et chêne au coeur de la forêt.
Mais il fallut aux dieux ces ferventes prières,
Et à leur rencontre ces deux coeurs ouverts,
Pour que la métamorphose puisse être.
Pourtant je suis arbre parmi les arbres
Et maintes choses nouvelles ai comprises
Qui c’étaient alors que folie pure à mon esprit.

Ezra Pound

ezra-pound-7tumblr-lmw7dphxr71qc2mclo1-500.jpgFord Maddox Ford, James Joyce et Ezra Pound, John Quinn

Ezra Pound a également été un des premiers partisans du 'romancier irlandais James Joyce, l'organisation pour la publication de plusieurs des histoires dans Dubliners (1914) et un portrait de l'artiste en jeune homme (1916) dans des revues littéraires avant d'être publié sous forme de livre . (The Letters of Ezra Pound à James Joyce). Des poèmes comme "L'arbre", témoins, comme le note Tytell, d'un paga­nisme croissant, et sa haine de l'Amérique sont le signe avant-coureur que sa vie entière allait devenir un défi lancé aux systèmes occidentaux et une dénonciation de la religion moderne qu'il tenait pour la servante de ces systèmes. Les conflits incessants avec le monde universitaire qui lui refuse quelque chaire, l'ordre moral et l'étroitesse d'esprit de ses contemporains vont avoir pour conséquence le départ de Pound pour l'Europe. Venise, tout d'abord, où il s'exerce au dur métier de gondolier, puis Londres, où son talent va enfin éclore.
C'est pour lui le temps des amitiés littéraires avec George Bernard Shaw, puis James Joyce, T.S. Eliot.

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Il débarque dans le Paris léger et enivrant de l'après-guerre lorsque brillent encore les mille feux de l'intelligence et de l'esprit.
Les phares de l'époque s'appellent Coc­teau, Aragon, Maurras et Gide.
Pound s'installe rue Notre-Dame­-des-Champs et se consacre à la littérature et aux femmes.
À Paris toujours, il rencontre Ernest Hemingway, alors jeune joumalis­te, qui écrira que « le grand poète Pound consacre un cinquième de son temps à la poésie, et le reste à aider ses amis du point de vue matériel et artistique.

Il les défend lorsqu'ils sont attaqués, les fait publier dans les revues et les sort de prison. »

La France pourtant ne lui convient déjà plus. À la petite histoire des potins parisiens, il préfère l'Histoire et ses remous italiens.
L'aura romanesque d'un D'Annun­zio et la brutalité de la pensée fas­ciste l'attirent comme un aimant.


Et puis sa vie bascule
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