2013 : centenaire de la naissance d'Albert Camus, ou l'oeuvre ouverte de l'Artiste Engagé

"Je pense à Camus : j'ai à peine connu Camus. Je lui ai parlé une fois, deux fois. Pourtant, sa mort laisse en moi un vide énorme. Nous avions tellement besoin de ce juste. Il était, tout naturellement, dans la vérité.
Il ne se laissait pas prendre par le courant; il n'était pas une girouette; il pouvait être un point de repère."

Eugène Ionesco, Notes et Contre-Notes, Gallimard, 1962

Camus ne s'est jamais revendiqué philosophe, il se qualifiait bien plus aisément d’artiste :« Pourquoi suis-je un artiste et non un philosophe ? C’est que je pense selon les mots et non selon les idées ».

camus1.jpg

Jean-Paul Sartre et Albert Camus ont de bons rapports de 1944 à 1951 (date de L’homme révolté de Camus); à partir de cette date une querelle d’ordre philosophique et surtout d’ordre politique va les séparer définitivement.

Il y a deux phases essentielles dans la carrière de Camus:

La base de la philosophie de Camus est Le Mythe de Sisyphe, essai sur l’absurde (1842) : d’ordinaire les hommes ne pensent pas à l’essence de leur vie, à leur raison de vivre; ils suivent la routine, mais il arrive un jour où ils s’aperçoivent que la vie n’a pas de sens: "Un jour seulement le "pourquoi" s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’écoeurement." Comment trouver un remède à l’absurdité de la vie, puisque Camus rejette toute métaphysique, donc tout espoir d’une autre vie et qu’il n’admet pas le suicide qui ne résout rien ? Camus en effet refuse les attitudes d’évasion : le suicide qui est la suppression de la conscience et les doctrines qui situent hors de ce monde les espérances qui donneraient un sens à la vie (croyances religieuses; l’Existentialisme chrétien).

L’homme absurde, c’est celui qui a compris que la vie est absurde. Il ne peut avoir qu’une attitude : la révolte, qui donne son prix à la vie. En effet, l’homme absurde se sent complètement libre, puisqu’il ne peut suivre les règles d’un monde qui n’a pas de sens. Et il suivra cette conduite avec passion, parce qu’il faut multiplier les expériences de liberté; ainsi la vie aura-t-elle un sens : "Je tire de l’absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté, ma passion. Par le seul jeu de ma conscience, je transforme en règle de vie ce qui était invitation à la mort - et je refuse le suicide."

Pour illustrer cette philosophie de la révolte, Camus a choisi un mythe de l’Antiquité, Sisyphe, condamné à rouler éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, pour le voir rouler ensuite au fond de la vallée par son poids, s’est rendu compte que ses efforts sont inutiles : comme l’homme absurde, il domine son destin et il se rend supérieur à la pierre qui le tourmente. Il trouve dans cette lutte stoïque sa grandeur. Donc, dit Camus, il faut considérer Sisyphe heureux

camuslagarde.jpg
Sous l’occupation allemande en France, il occupera une place importe dans la Résistance et devient en août 1944 rédacteur en chef du journal "Combat". En 1944 se tient un rendez-vous emblématique, le 16 juin chez Michel Leiris. Le groupe de lecture de la pièce de Pablo Picasso, Le Désir attrapé par la queue, travaille à la mise en scène. Et sont présents, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso, Simone De Beauvoir. C’est le début de l’amitié entre les deux hommes, même si Camus et Simone de Beauvoir ont eu un léger accrochage. En effet, Camus a pris la liberté de critiquer de façon ironique et explicite le costume du Castor (c’est ainsi que Sartre la surnommait) pour la pièce. Elle ne l’oubliera jamais. Simone de Beauvoir est tout de même la figure de proue du mouvement féministe, elle est l’auteur du Deuxième Sexe : la bible des femmes libres. Son intelligence n’a rien à envier à celle de son mari et elle jouit au sein de la « famille intellectuelle » de Paris d’une réputation relativement honorable. Mais cet incident n’entachera pas les relations entre Camus et Sartre. Camus fait entrer Sartre à Combat, en échange de quoi ce dernier intègre Camus à la « famille intellectuelle » de Saint-Germain-des-Prés et du Café de Flore. Le tandem a alors un poids considérable tant en littérature qu’en politique. Leur morale est alors une référence connue et reconnue.

Même si la rivalité qui se doit d’exister entre deux esprits aussi brillants semblait s’estomper, en 1947 vient la première « brouille ». Elle est causée par une critique de Maurice Merleau-Ponty (existentialiste et phénoménologue) publiée dans Les Temps Modernes, critique dans laquelle des opinions de Camus sont remis en cause.

Au delà des contingences conflictuelles entre les deux hommes, Camus continuera à militer en faveur des déshérités et des victimes de la lutte pour la liberté; il lancera en 1956 un appel aux musulmans en faveur de la trêve en Algérie et publiera, avec Arthur Koestler, des Réflexions sur la peine de mort tendant à l’abolition de la peine capitale; toujours en 1956, après les tragiques journées de l’insurrection hongroise, il invite les écrivains européens à recourir à l’O.N.U.. En 1957, il reçoit le Prix Nobel pour une "oeuvre qui met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience de l’homme."

.
camus3.jpg
Albert Camus élabore une philosophie existentialiste de l'absurde résultant du constat de l'absence de Dieu et de sens à la vie. La prise de conscience de cette absurdité doit être considérée comme une victoire de la lucidité sur le nihilisme qui permet de mieux assumer l'existence en vivant dans le réel pour conquérir sa liberté. L'homme peut ainsi dépasser cette absurdité par la révolte contre sa condition et contre l'injustice. Il met à profit son talent d'écrivain pour diffuser sa philosophie en adaptant la forme au sujet. Le roman symbolique et l'œuvre théâtrale sont utilisés comme moyens d'expression pour les idées et les doutes. L'auteur de "La Chute" se tourne vers un humanisme sceptique et lucide pour lequel il convient avant tout d'être juste.


camus2.jpg
En 1942, Gallimard accepte de publier L'Etranger et le Mythe de Sisyphe. En lisant le manuscrit de L'Etranger, Jean Paulhan et les membres du comité de lecture de Gallimard ont pressenti la naissance d'un grand écrivain.
Avec l'Etranger, Albert Camus accède à la célébrité.
La critique salue en Meusault , personnage central de l'Etranger, un "héros de notre temps"
.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site