littérature

"La mort de Jean-Marc Roberts" par Jean-Marc Parisis

parisis12.gif
« Depuis toute Sa Vie ».

Pour mémoire

Une chère écriture est un portrait vivant.

Marceline Desbordes Valmore.

_________

 Chronique littéraire de Laurence Biava

http://www.lacauselitteraire.fr/la-mort-de-jean-marc-roberts-jean-marc-parisis

Après La recherche de la couleur qui lui valut la saison dernière le 1er Prix de la page 112, Jean-Marc Parisis publie en ce mois d’octobre un livre important à la frontière du récit et de l’essai : il s’agit d’une évocation exemplaire et inégalée de l’écrivain et éditeur Jean-Marc Roberts, disparu en mars 2013 à l’âge de 58 ans.

Grande élégance que cette démarche que d’aucuns s’empresseront, guidés par un immanent besoin de sensiblerie et d’emphase en totale adéquation avec l’époque verbeuse, de qualifier d’hommage direct ou détourné se présentant sous la forme d’un ample exercice d’admiration : d’autres en parleront comme d’un portrait subtil, avisé, précis et dense, ne retenant sans doute que les descriptions, le caractère, le tempérament et la grandeur d’âme de Roberts où se mêlent les souvenirs de Parisis. Il serait réducteur, au-delà de l’« amitié » que Jean-Marc Parisis voue à son éditeur, de ne pas cerner ici les niveaux d’écriture, les paliers d’appréciation, de discernement, les contours d’analyse, les articulations que recèle cet opus, et qui vont au-delà de l’étrange pouvoir de l’écriture merveilleuse de Parisis et du portrait vivant qu’il dessine de Roberts, autour desquels se concentrent et se greffent goûts littéraires, goûts cinéphiles et réflexions personnelles.

Accordons donc à ce livre la place qui lui sied : ne nous gratifie-t-il pas d’une belle et noble réflexion dépouillée de fioritures sur les pouvoirs et les failles de la littérature, ainsi que sur les différentes formes d’écriture ? La mort de Jean-Marc Roberts est un livre « pour toujours » : un de ces livres-pépites qui fait vriller le cœur et qu’on ne peut refermer sans émotion. Destiné à accorder de l’attention à quelqu’un qui n’en a jamais manqué pour lui, perpétuellement amené à sonder le fond des choses, l’écrivain Parisis est généreux, pudique, se révélant entre confidences ajustées, déclarations, révélations, anecdotes… Voyons voir : ce « personnage » de Roberts l’irremplaçable, « enfant rêveur des trente Glorieuses, adolescent verlainien des années Pompidou » à qui ces mots de Baudelaire vont comme un gant, « Le romantisme est une grâce, céleste ou infernale, à qui nous devons des stigmates éternels », possédait une personnalité attachante, quelque chose d’évanescent, de fougueux. Sous la plume de l’auteur, s’en dégage également un côté trublion : L’homme de la pirouette. Un boss dans son Band, moins méchant qu’inattendu, un hors la loi, pour qui « la justice était fiction », quelqu’un qui ne se défaussait pas, il s’engageait à l’instinct, et à l’affect, avec les gens qui le touchaient, « un animal », un type un peu malin, rusé

Jean-Marc Parisis raconte précisément leurs première et dernière rencontres, le style de Roberts, la personnalité, le saint patron, ses rencontres, ses livres, les rendez-vous, les déjeuners, les séances de relecture et de corrections, les coups de téléphone intempestifs : surgissent comme dans un film en noir et blanc le Pont du Temps, la rue Pierre Semard, le Théâtre de l’Odéon, La Maison, ce décor familier, où Roberts affirmait que « l’auteur est innocent, l’écrivain est coupable », où régnait ce fameux (!) esprit de famille – oui, vraiment ? – cette filiation littéraire qu’il voulait faire triompher et son Mentir-Vrai. « Chez lui, répétition ne valait pas mensonge. Il se diffractait, s’atomisait en sincérités épiphaniques » précise Parisis. Les amis du cinéma, de la chanson, du lycée Chaptal et des tout débuts font souffler un vent de nostalgie dans ce livre rare et assurent le service continu du souvenir. « Jean-Marc » toujours ponctué, toujours juste, jamais trouble, revient sur la fin, l’enterrement, la compassion du bonhomme, son œuvre, son goût pour le jeu, pour la transgression, « son sens inné de l’empathie,ce goût du suivi, pas comme les autres éditeurs, quelqu’un qui détonaitJean-Marc Roberts rénovait le décor ». Avec délicatesse, le voile se lève sur ce mystérieux attachement sur lequel le mot d’« amitié » n’ose franchement s’apposer. Ce qu’on entend chez Parisis, c’est un écho à l’espérance. Une amitié de faïence qui n’a pas dit son nom, une amitié véritable et sincère, composée de messages personnels, de musiques intimes que rien ne pourra jamais ternir. L’amitié véritable prend la forme d’une complicité non feinte. Considérée dans sa perfection, elle reste une simple idée. Et certainement un idéal dans la mesure où il est généralement impossible de s’assurer de l’égalité de chacun des deux éléments d’un même devoir en l’un comme dans l’autre. Au fil de ses ébauches et de son histoire personnelle avec son « ami » écrivain/éditeur, il me semble que Jean-Marc Parisis nous incite à nous interroger sur l’existence éventuelle d’une amitié parfaite, c’est-à-dire, sans défaillance aucune, et nous assurer de l’égalité dans les sentiments ressentis chez chacun des deux protagonistes principaux en place, de la notion de devoirs, de volonté, de la réciprocité de ces sentiments constitutifs de l’amitié, de leur répartition, de leur intensité similaire… « si un ami, c’est celui qui vous laisse être ce que vous êtes devenu, qui vous laisse parler et écrire comme vous l’entendez, qui ne vous juge ni ne vous envie, qui vous rappelle dans l’heure, si un ami, ce n’est jamais un con, alors Jean-Marc Roberts fut un ami ».

Effectivement, Modiano et François-Marie Banier peuvent bien passer en témoins pour souligner le charme éloquent de Roberts, « comme écrivain, il avait une grande intuition, un talent qui rappelait un peu René Crevel, mais il était cloué par une flèche empoisonnée qui s’appelait lucidité », persiste en fond sonore l’allitération « Jean-Marc, c’est Jean-Marc », qui revient comme un gimmick entêtant. L’homophonie du prénom et son retour évocateur régulier concèdent une connivence évidente entre les deux individus. Plus question d’opacité dans cette forme de révélation ténue, de connexion mouvementée, où s’esquisse naturellement, au-delà de leurs différences notoires, l’équivalence entre les deux Jean-Marc. Parisis, dans cette volonté d’y mêler habilement ses lectures, relit tous les livres de Roberts et là est toute la quintessence miraculeuse et rigoureuse de La mort de Jean-Marc Roberts :Samedi, dimanche et fêtes ; Affaires étrangères ; Les enfants de fortune ; Affaires étrangères ; La comédie légère ; Toilette de chat ; L’ami de Vincent ; Une petite femme ; Mon père américain ; Cinquante ans passés ; La comédie légère ; Deux vies valent mieux qu’une ; MéchantLa Prière, reviennent en boucle.

De grands passages sur l’écriture et ses prismes, sur ses manques, sur la temporalité, sur le roman, sur l’écriture, sur la littérature, sur tout ce que voulait Roberts sont subtilement définis pour dire le déni de la fin et paradoxalement la fin de l’espoir, la fin de la fiction, la notion d’évitement, la fin d’une certaine critique littéraire, la mort d’une certaine idée de la littérature et la faillite de l’imaginaire. « Roberts, déportant la fiction dans la vie et la vie dans la fiction ».

Justement, pour ne pas finir, Parisis accentue son propos en reprenant des répliques d’émissions, des citations, des extraits d’articles. Enfonçant le clou envers les deux Anastasie et Javotte (Angot/Iacub) de la littérature graveleuse à la plume mouillée d’acide, il s’exaspère d’une époque saturée d’immatérialité, d’exhibitionnisme frelaté, d’immoralité et de faux-semblants liberticides. Sont ainsi passés au crible le phénomène de rentrées littéraires, de Prix littéraires, l’autofiction selon Doubrovsky, cet indigne « objet littéraire » et puis, comme toujours, il y a cette obsession lumineuse de la mémoire, stigmate mobile et indélébile, que l’on trouvait déjà dans La recherche de la couleur – entre autres –, cette clameur de  la vie, de la mort et de la vie qui vont et viennent et bougent dans les mots. Qui possèdent toujours le goût de l’éternité, de la vérité. Le moralisme de Jean-Marc Parisis, cette façon unique qu’il a de percevoir, de sentir, d’accorder son tempo, de restituer des fragments que deux époques opposent, d’incorporer, de déplorer la perte de la matérialisation qui incarnait les années 70 – à l’égal de Jean-Marc Roberts –, d’évoquer les fantômes de ce temps révolu qui sèment le trouble et la division mais reviennent constamment se cogner à ses tempes, « Les temps avaient changé depuis ces années 70 qui l’avaient vu débuter. A l’époque, le livre était roi. Et reines, la littérature, la philosophie, les sciences sociales », de convoquer ces symboles qui s’invitent au bal du Temps d’avant, de laisser défiler Aragon, Sartre, Deleuze, Artaud, Javal, Pascal Jardin, Pasolini, Delon, Balzac, Gracq, Anders, Debord, pour baliser, corroborer, affermir, démentir, asséner, contrecarrer, contredire, est prodigieux. Parisis et son style irréprochable, impeccablement troussé, sans ratures, sans fausse notes. Un rythme d’écriture tendue qui ne faiblit jamais, enlevée. Des mots gravés dans du marbre, sertis : la vie plus forte que l’écriture. Une vision du monde contemporain extra-lucide, ennoblie par une vision quasi métaphysique de la disparition, de la fuite, de la séparation. Une distinction hors norme ou comment dire le manque en s’économisant le poids du chagrin. Le poids des mots. Préférer écrire que l’on est « déçu » au lieu de « triste », ou bien « je me souviendrai de plus en plus » au lieu de « je n’oublierai jamais » est d’une classe folle.

La mort de Jean-Marc Roberts est bouleversant d’humilité et de bonté. La vie est beaucoup plus intelligente que les hommages. Ce livre possède la grâce immaculée d’une neige de janvier. Et il s’agit d’un Devoir de Mémoire.

Pour La Cause littéraire

La Cause Littéraire vient de franchir le cap des 10 000 abonnés sur sa page FaceBook.

Merci à tous les amis !
Charles Baudelaire nous invite à de nouveaux essors !


www.lacauselitteraire.fr

Pour Léon-Marc Lévy et toute sa formidable dreamteam
à laquelle j'ai la chance et la fierté d'appartenir depuis un an et demi
.

charles-baudelaire-2.jpg
Elévation

Les Fleurs du Mal

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ; 

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles Baudelaire.

Les irrésistibles réalisme et naturalisme de Lewis face à une Amérique consumériste

Sinclair Lewis fut appelé «la conscience de sa génération» par des satiriques américains à cause des représentations des mœurs culturelles d'un certain provincialisme sensibles à l'intégrisme religieux. Au cours de la "speakeasy" décennie des années 1920, l'Amérique était «coming of age», l'élaboration d'une identité qui a été prise entre les valeurs à l'ancienne des pères immigrants et les progressistes matérialistes de la jeune génération. Lewis a abordé des thèmes qui avaient été réprimés dans les romans, tels que le féminisme , le racisme et le fascisme. Il a ironisé sur la sacro-sainte institution du capitalisme. Comme Theodore Dreiser et HL Mencken, il a parfois scandalisé une nation, mais en dernière analyse, il a réussi dans ses critiques sociales, parce qu'il croyait dans le caractère et le cœur de l'Amérique ainsi que dans sa capacité à changer.

En 1930, il est devenu le premier Américain à remporter le prix Nobel de littérature pour son "art puissant et vif de la description et la possibilité d'utiliser l'esprit et de l'humour dans la création de personnages originaux." Le discours prononcé à cette occasion ‘The American Fear of Literature’ fait scandale aux Etats-Unis, parce qu'il rappelle les appels au lynchage dont il a été victime et où il dénonce l'intolérance de son pays à l'égard des écrivains qui ne glorifient pas la «simplicité bucolique et puritaine de l'Oncle Sam» et l'individu américain, «grand, beau, riche, honnête et bon golfeur»..Le but de Lewis était d'écrire des «romans réalistes qui étaient véridiques » en s'appliquant à repousser de manière radicale ses détracteurs. Ce faisant, il s'est appliqué à mettre en évidence dans ses écrits tous les espoirs, les rêves et les insuffisances criantes de la jeune nation américaine.

sinclair-lewis-07.jpg
Mon véritable voyage a été assis dans les voitures fumeurs Pullman, dans un village du Minnesota, dans une ferme du Vermont, dans un hôtel de Kansas City ou Savannah, en écoutant le bourdonnement quotidien normal de ce que sont pour moi les personnes les plus fascinantes et exotiques dans le monde - les citoyens ordinaires des Etats-Unis, avec leur gentillesse envers les étrangers et leur taquineries rugueuse, leur passion pour le progrès matériel et leur timide idéalisme, leur intérêt dans le monde entier et leur provincialisme vantard - toute la complexité qui fait qu'un romancier américain se sente le privilège d'y trouver quelque chose.

Sinclair Lewis

sinclair-lewis4.jpg
Moins cité que le reste de ses acolytes de la génération perdue, Sinclair Lewis, alors qu'il a à peine 7 ans, compulse les nombreux livres de la bibliothèque de son père qui lui servent d’échappatoire au décès de sa mère, il se met à écrire, tient son journal. A l’université de Yale, il contribue au Yale Literary Magazine et rencontre Jack London. Diplômé en 1908, il travaille pour des maisons d’édition et des magazines avant de publier son premier roman, ‘Hike and the Aeroplane’ (1912), sous le pseudonyme de Tom Graham, suivi de ‘Our Mr. Wrenn’ en 1914, l’année de son mariage. En 1916, il décide de se consacrer uniquement à l’écriture et part en voyage à travers le pays avec sa femme. En 1920 sort ‘Main Street’, lauréat du prix Pulitzer - qui ira finalement à Edith Wharton - suivi en 1922 de ‘Babbitt’, portrait d’un businessman sans scrupules, qui passe à nouveau à côté du Pulitzer - au profit de Willa Cather. Quand le prix lui est attribué en 1925 pour ‘Arrowsmith’, portrait d’un médecin idéaliste, il le refuse, tout en dédiant son livre à Wharton qu’il admire. ‘Elmer Gantry’ (1927), histoire d’un pasteur charlatan, est frappé d’interdiction, comme plusieurs de ses romans, avant de paraître.. Critique de son temps, Sinclair Lewis s’attaque aux préoccupations religieuses et mercantiles de la bourgeoisie. sinclair-lewis3jpg.jpg
Sinclair Lewis n’étudie pas la conscience des gens. Il les soumet à leur environnement. Il les représente face à leurs engagements et leurs responsabilités. Il n’y a pas un modèle d’homme particulier. Le personnage qu’il décrit est le type de tous les jours, l’homme ordinaire face à son avenir, à son bonheur qui, dans l’Amérique des années 20 et à la limite aujourd’hui encore en dépit des efforts d’humanisation de la société, veut dire le confort.

Sinclair Lewis reste un géant de la littérature américaine, au milieu d’une série d’écrivains modernes et expérimentaux majeurs dont les plus connus se situent à l’époque comprise entre 1930 et la fin du XXe siècle – symbolisant la crise économique qui avait anéanti l’économie américaine et qui instaurait une nouvelle ère de la littérature américaine, celle de l’épanouissement de l’individu, avec des écrivains comme Toni Morisson, Prix Nobel de Littérature 1993, Tennessee Williams, l’une des personnalités les plus complexes de la scène littéraire américaine du milieu du XXe siècle – ou l’époque du modernisme américain avec des écrivains comme Ernest Heminguay considéré alors comme le porte-parole de cette génération, ou William Faulkner auteur de « Absalon ! Absalon ! (1936)

sinclairlewisbabbitt.jpg
Avec Babbitt, publié en 1922, Lewis devient le chef de file du roman réaliste américain, et ce roman est lui aussi un classique immédiatement reconnu comme tel. Il met en scène George F. Babbitt, agent immobilier prospère, pilier de la chambre de commerce de la ville de Zenith, obsédé par les valeurs matérielles, et pourtant frustré par son existence centrée sur l'argent et la consommation. Comme dans Main Street, l'action se situe dans l'État américain imaginaire du Winnemac. Le roman, satirique, présente le premier portrait de l'Amérique des années 1920, obsédée par la spéculation foncière et l'acquisition d'objets de consommation, devenus abordables, comme les automobiles ou les réfrigérateurs. Cette classe moyenne en voie d'embourgeoisement ignore complètement l'art et la littérature. La force du roman réside, non dans son contenu dramatique, mais dans la contexture de l’histoire. Avec un thème actuel, celui de la quête de richesse, Sinclair Lewis, tout en photographiant un cas typique de société en contradiction avec l’essence humaine, remet en cause l’utopie de l’homme moderne. Les derniers chapitres renvoient à ce fameux aphorisme : « Ecoute toi, écoute ton rêve ! Pars à la conquête du monde !

Les principales oeuvres de la "Génération perdue " sont Gatsby le magnifique de F.- Scott Fitzgerald,  Le Waste Land de TS Eliot, Le Soleil se lève aussi d' Ernest Hemingway, Babbitt de Sinclair Lewis, Le Bruit et la Fureur de Faulkner William, Le vieil homme et la mer, d'Hemingway, Tout est calme sur le front occidental d' Erich Maria Remarque

sinclair.jpg.Sinclair Lewis fut photographié par Man Ray en 1926 à Paris, dans le quartier de Montparnasse

L'amour fixe de Dominique Rolin, la solaire

rolin2-1.jpg
Je n'ai vraiment lu Dominique Rolin qu'en 2000, lorsqu'elle publie Journal amoureux, où elle parle, plus ouvertement que jamais, de son histoire d'amour fou, longue de 40 ans, avec un certain Jim, déjà évoqué dans d'autres romans dont Trente ans d'amour fou et Le Jardin d'agrément. "Le Jim de vos livres, c'est bien Sollers?", lui avait demandé à la télévision Bernard Pivot. "Oui", avait-elle répondu. Jean Antoine, auteur de films sur Rolin, disait: "cet amour avec Jim est une des plus bouleversantes histoires d'amour dans la littérature de ce siècle". Auparavant, en 1965, elle est évincée du jury Femina pour avoir critiqué son "archaïsme". Elle estimait les jurées encore trop imprégnées de la littérature du XIXe siècle et pas assez du Nouveau roman, école qui l'influencera beaucoup. Elle donne des conférences, voyage, va souvent à Juan-les-Pins, chez son amie la grande mécène américaine Florence Gould. Les parutions se succèdent (romans, nouvelles, théâtre, essais, comme cet ouvrage sur le peintre flamand Pieter Brueghel l'Ancien): Le Corps, Le lit, Lettre au vieil homme, L'infini chez soi, L'enfant-roi, La Rénovation, Plaisirs (livre d'entretien)... Dans son oeuvre, la fiction et le rêve sont les instruments d'une introspection menée sans complaisance. Jacques-Pierre Amette a noté qu'elle était "notre Virginia Woolf" francophone. Mais si l'Anglaise était pâle et dépressive, Dominique Rolin était gaie. "Le bonheur est une décision, c'est vrai que la chance existe mais il faut savoir la saisir", assurait-elle.

rolin-3.jpg

Un des livres qui m'a le plus marquée d'elle,  c'est les Marais, ou comment une des manières de fuir cette ambiance sourde sera de se réfugier dans un monde imaginaire aux dimensions insolites. Pourtant les événements auront raison de chacun des protagonistes : la mort accidentelle de la petite Barbe, la fuite de Ludegarde qui cherche à se délivrer des « marais » de son enfance, la départ d’Alban auprès d’une jeune femme rencontrée au hasard de ses fugues, tout cela parviendra à briser leur rêve de liberté et l’univers visionnaire qu’ils s’étaient créés. Irrésistiblement, la maison Tord les ramènera, vieillis et désenchantés, entre ses murs.

Ce roman possède une atmosphère toute particulière, on a parfois l’impression d’être transportée dans une sorte de rêve éveillé qui nous plonge dans une ambiance onirique, à l’orée du fantastique, du symbolisme et du surréalisme. Il a même exercé sur moi une sorte d’aura hypnotique très étrange qui me poussait à tourner les pages les unes à la suite des autres sans pouvoir me détacher du roman avant sa fin.

rolin6.jpg
« C’est la pluie, Dora est malade, beaucoup de fièvre, un peu de délire, le jeune médecin la drague avec humour. On reste sur les lits, la ville est inondée, on achète des bottes, on marche sur des tréteaux sur les quais, je glisse, je tombe, on rit. Tout est gris-noir, le vent souffle en tempête, on n’aurait jamais dû venir à Venise en cette saison, mais si, justement. J’écris dans un coin de la chambre, Dora dort ou fait semblant. « Tu ne t’ennuies pas ? – Question idiote. – Des corps mortels ne devraient jamais s’ennuyer. – Mais on est morts. – Et toujours là. – Tu te souviens de notre passage sur terre ? – Oui, c’était pas mal, un peu confus. – J’essaye de mettre de l’ordre. – Tu y arrives ? – Par moments, je crois. »

Philippe Sollers, Passion fixe, 2000

En 1910. les Arts, les Sciences et la Littérature


La revue Arts, Sciences et Littérature fut la seule à s'intéresser à la fois aux Arts, aux Sciences et à la Littérature.
 

Les fulgurances d' Antonin Artaud, possédé par sa folie, dévoré par sa "sur-acuité"

Antonin Artaud n'a jamais cessé d'écrire que pour dire qu'il souffrait.

Antonin Artaud a écrit pour ceux "qui viennent d'ailleurs",  pour ceux qui "cherchent le sens"

Antonin Artaud a écrit pour ceux qui manquent de mots, pour qui le langage n'est rien d'autre qu' "imperfections et pertes de repères".


La grande théorie d'Antonin Artaud tend à affirmer clairement que ce n'est pas le texte qui fait le théâtre mais que c'est la mise en scène qui est le véritable fondement de la création théâtrale. Cette idée qui se heurte à toute une tradition est exprimée dans cette citation sur un mode polémique puisqu'elle commence par "pour moi". D'autre part Artaud utilise des mots très forts, catégoriques qui ne laisse pas d'équivoque quant à leur interprétation : "nul", "n'a le droit". Artaud centre donc sa réflexion sur le mouvement des acteurs qui ont pour dessein de dématérialiser le texte par leurs déplacements dans l'espace, mais il prend également en considération la musique, le son, les éclairages, les accessoires, les costumes... Artaud s'oppose catégoriquement au théâtre tel qu'il est en Occident. La notion de mise en scène est extrêment récente, elle date du XIXème, époque où Antoine a fixé la fonction de la mise en scène dans le théâtre. Avec Artaud, on dépasse encore cette position et l'on aboutit à une importance capitale de la mise en scène, sans laquelle le théâtre n'est rien.

Cette position extrême passe par trois points principaux :

1 - le rejet du texte
2 - Le remplacement du texte par le langage théâtral
3 - Le renouvellement de la fonction du théâtre par le public, ce qu'il met sous l'expression "théâtre de la cruauté".


antonin-artaud.jpg

Le théâtre du Cartel dont se rapproche Artaud désigne le regroupement de 4 metteurs en scène qui décide de travailler le théâtre en communauté (Jouvet, Charles Oullin, Gaston Baty et Georges Pitoeff). Ces metteurs en scène travaillent sur des grands textes (par opposition au théâtre de boulevard) mais aussi sur quelques textes modernes (comme ceux de Giraudoux, Claudel, Genet ou Beckett). Artaud, lui, va refuser les textes classiques dès les années 1930.
Ce rejet s'identifie d'abord à celui que font les surréalistes qui disent prendre de la distance par rapport à tout ce qui est "littéraire". Si Artaud s'inscrit d'abord dans les mouvements surréaliste et dadaïsts, il va très vite plus loin puisqu'il refuse la pensée marxiste vers laquelle se dirige Breton, ce qui le pousse à la rupture avec eux. De plus, Artaud reproche aux surréalistes de s'en prendre au langage articulé et à la communication ordinaire alors qu'ils utilisent toujours l'un et l'autre. Artaud, lui, refuse catégoriquement le langage articulé, quelle que soit la forme qu'il prend, qu'il soit oral ou écrit, ce qui le pousse à refuser également les liens logiques qui existent entre les mots.

Dans ce rejet, Artaud inclut également le refus des chef-d'oeuvres, il veut "en finir avec les chef-d'oeuvres". Il refuse de se référer sempiternellement à eux mais se tourne vers une nouvelle création, vers le renouvellement de ces chef-d'oeuvres par une nouvelle écriture qui rompt avec les traditions passées. Artaud prend l'exemple d'Oedipe Roi : il révèle bien "le rythme épileptique et grossier de ce temps", mais il montre aussi que le texte ne convient plus à notre époque.

Artaud pose donc les problèmes dus au langage lui-même : c'est pour Artaud un type de communication qui est totalement abstrait, qui a de plus perdu sa force dans son rapport avec la réalité ; il y a indubitablement une distorsion entre la réalité telle qu'elle est et la réalité telle qu'elle est exprimée par le langage. Le type de langage occidental comporte une "parole ossifiée" et ses mots sont "gelés". Comme Mallarmé, il pense que les mots ont perdu de leur pouvoir évocatoire, leur force musicale et le moyen qu'ils avaient de provoquer une émotion. Ils rejoignent tous deux Claudel pour lequel le poète a pour fonction de renommer le mot, de se remettre dans la peau du créateur quand celui-ci a donné un nom aux choses. Artaud déplace cette conception au domaine théâtral après avoir détruit le langage pour mieux le refuser.

antonin-artaud3.jpg

Ironie de l'histoire que ces hommages rendus au génie torturé, au poète, au cinéaste, au dessinateur, à l’homme de théâtre qui refusait l'institution et choisit la marginalité.
Lui écrivait pour témoigner de sa souffrance "même si il n'avait rien à dire" et pour les "analphabètes" . Doit on comprendre que comme Deleuze, il écrit au nom des analphabètes, donnant la langue à ceux qui n'en n'ont pas, ou qu' il écrit pour nous tous qui sommes tous des analphabètes, et ainsi nous rappeler que la langue et le sens nous échappent toujours ? Ne pas manquer le seul de ses films qui fut réalisé "Le coquillage et le clergyman" (1927) où là encore le langage cinématographique est non verbal, non linéaire , mais onirique et poétique.

Avec ses dessins, son rapport au corps le place dans la famille de Francis Bacon, tant le visage humain est ici, convulsion, cri.

Poignant, ce parcours, ces textes,  font toucher du doigt la complexité et le génie fulgurant d’un homme dévoré par sa « sur-acuité ».

antonin-artaud-9189906-1-402.jpg
J’ai d’abord essayé de lire l’Ombilic des Limbes, mais la lecture était si ardue, et le texte si pesant… que je l’ai vite abandonné.


Plus tard, j’ai accordé à son oeuvre une seconde « chance » en abordant Van Gogh ou le société de la société. Il s’agit d’un essai sur le fameux peintre hollandais. Il semblerait qu'il l'ait composé après avoir parcouru une rétrospective sur l’œuvre de Van Gogh en 15-20 minutes. C’est que Artaud et l’œuvre de Van Gogh sont comme deux énormes nuages : lorsqu’ils sont entrés en contact, la pression était si forte, il y eut des fulgurances On sent l’énergie de cet éclair dans chacun des mots, dans chacune des lettres de son essai. Van Gogh ou le suicidé de la société est chargé de vie frénétique et démente qui m’a électrocuté, j'ai reçu des décharges, par à-coups...

Essentiellement, que dit cet essai ? Dans une forme inouïe, dont l'ardente créativité déferle « avec » le contenu, Antonin Artaud revendique le droit au délire, à la folie comme révolte contre tout système et contre tout ce qui emprisonne la pensée. Il veut atteindre à une « lucidité supérieure » par la « désagrégation de l’esprit. » C’est exactement ce que Van Gogh a fait : « Mais Van Gogh a saisi le moment où la prunelle va verser dans le vide, où ce regard, parti contre nous comme la bombe d’un météore, prend la couleur atone du vide et de l’inerte qui le remplit. » Or la société réintroduit l’opposition esprit/corps chez le fou authentique et, ainsi, l’assassine. Van Gogh était fou. Ce jugement implique une prétendue connaissance de ce qui est bon; et pour le docteur Gachet, c' est bien l’état normal des facultés, le bon sens. « Hyper-lucide », Artaud voit bien ce que ça veut dire : les docteurs et la société « croyaient détenir l’infini contre lui. » Van Gogh s’est tué à cause de son inadaptation à ce que la société considérait comme le bien. Autrement dit, en essayant de réintroduire le bon sens et le sens commun (conformisme bourgeois) chez Van Gogh, la société (Gachet engagé par l’État…) a engendré une discordance fatale entre ses facultés mentales (esprit) et son corps. Et quelques heures avant de se suicider, lors de sa crise ultime, Van Gogh a pu saisir qu’il ne supportait plus son inadaptation.

antonin-artaud420100423.jpg
C'est sa vision personnelle de l'art de la scène, retranscrite dans 'Le théâtre et son double', qui a marqué les mémoires. Souffrant d'irréversibles troubles psychiques qui l'ont défiguré, il s'est attaché à décrire les mécanismes de la pensée dans de nombreux poèmes en prose. Comédien à ses heures, Antonin Artaud a joué dans 'La passion de Jeanne d'Arc' de Dreyer et dans 'Napoléon Bonaparte' d'Abel Gance

Jean-Marc Reiser, un homme libre

Pour Mémoire

reiser6.jpg
·
Reiser Biographie, par Jean-Marc Parisis, éditions Grasset, 1995
(réédition de la biographie en 2003 - couverture ci-dessus)

Reiser forever, éd. Denoël Graphic, 2003
(collectif de dessinateurs dirigés par Jean-Marc Parisis)

L'album des 145 histoires parues dans Pilote entre 1967 et 1972,
sous le titre Les années Pilote est préfacé par Jean-Marc Parisis



pilote.jpg

Reiser....

A l'horizon


par Jean-Marc Parisis (2010)

Pourquoi en revient-on toujours à Reiser, mort jeune et beau, à 42 ans en 1983 ? Pourquoi nous hante-t-il toujours ? Parce qu’il mit dans son oeuvre beaucoup plus que de l’humour, parce que sous l’onde de sa méchanceté s’agitaient des courants d’une bonté et d’une profondeur inouïes, parce que cet ange qui avait la nausée répétait, recueilli et joyeux : « Je dessine le pire parce que j’aime le beau ». Un dessinateur donc, et l’un des plus grands, évidemment, mais aussi un sociologue, un moraliste, un inventeur, un poète, un visionnaire.

Tout a commencé en 1941, dans une Lorraine annexée par les Allemands.
Une mère, femme de ménage ; un père, inconnu. A six ans, il est placé en nourrice chez des paysans normands, dans la picaresque proximité des hommes et des animaux. Il s’en souviendra quand il s’agira d’illustrer le génie de la débrouille écologique et la bestialité de la vie moderne.

De retour à Paris au début des années 50, il mène une vie de prolétaire avec sa mère, de garnis en hôtels miteux. Il connaît la pauvreté, l’humiliation. Il s’en souviendra aussi ; dialectiquement, il sera toujours du côté des humbles, des parias, des incompris. A 17 ans, ses crobards sont refusés par la presse parisienne, il faut dire qu’ils sont assez moyens, Reiser n’est pas encore reiserien.

A la fin de années 50, il tape dans l’oeil de François Cavanna, qui va diriger la rédaction d’Hara-Kiri. C’est dans ce mensuel « bête et méchant » que Reiser va exploser dans les années 60, acérer son trait de lumière, inventer une prose graphique rageuse et surfine, immunisante contre la bêtise, directement branchée sur les synapses de l’idéal. Il mettra ensuite son génie au service de Charlie-Hebdo pour décaper et transcender tout ce qui bouge : les hommes et les sous-hommes politiques, les supernanas qui luttent pour leurs droits, les vacanciers immondes, les gamins brimés et malins, les vioques, les racistes, les viragos, les filles de l’air, les urbanistes concentrationnaires, les écolos bouffeurs de carottes, et bien sûr les jeux du sexe et du hasard. Au magasin de ses personnages, tout le monde ou presque connaît son bouffon mythique Gros Dégueulasse ou sa souillon nicotinée baptisée Jeanine, mais ils ne sont qu’un échantillon de son infernale et prodigieuse comédie humaine.

Il dessinait en démiurge, faisant souffler le vent dans les jambes des idées. Artiste à sa manière, toujours nuancé, imprévisible, moderne dans la divulgation des pensées, il disait : « Mes expos, ce sont mes pages de © Reiser - Glénat journaux. » Et dans ses pages, il captait les rayons du monde comme il va et comme il ne va pas. Ses dessins sur l’énergie solaire et les éoliennes sont prophétiques, ils nous éclairent aujourd’hui. Ses planches sur la pollution, les névroses et les catastrophes urbaines, mais aussi sur la guerre des sexes, sont également oraculaires. Il avait à peu près tout prévu de ce que le XXI° siècle expérimente de pire et de meilleur en sentiments comme en techniques. Et il avait choisi d’en rire, car ce dandy de l’atroce et du sublime était très courageux.

Comme Baudelaire, en homme libre, il chérissait la mer. En filant la métaphore baudelairienne, on peut aussi le voir comme un phare, dont le faisceau laser balaie toujours la nuit de nos vies. Disparu, mais si présent, il se dresse comme une vigie, nous réchauffe comme un soleil.
Reiser est à l’horizon. Je veux dire qu’il lui appartient, et qu’en matière de dessin et d’humanité, il en reste la ligne indépassable.


reiser-va-mieux300.jpg
«Il est allé au cimetière à pied » (il est enterré au cimetière du Montparnasse), pour reprendre le titre du numéro spécial d’Hara-Kiri à sa mort qui reprenait un de ses dessins, réalisé initialement pour Franco. Lors de son enterrement, l’équipe d’Hara-Kiri avait déposé une gerbe sur laquelle on pouvait lire : "De la part de Hara Kiri, en vente partout".

Louis Jouvet, le comédien désincarné

louisjouvet.jpg
Louis Jouvet a fait du théâtre sa terre d'élection. Il était guidé par une foi qui l'avait entraîné dans son adolescence à braver les excommunications familiales : "Le théâtre est un métier honteux" Il a écrit : " Condamnés à expliquer le mystère de la vie, les hommes ont inventé le théâtre, chassés du Paradis terrestre, ils se sont créé cet artificiel et temporaire paradis. " Le mystère qu'il retrouvait sur la scène dans l'écriture du poète, dans le jeu du comédien, il s'est employé à en approcher au plus près. " Acteur, spectateur, machiniste, costumier, accessoiriste, peintre, souffleur et éclairagiste, j'ai assumé tous les rôles. " Il a tout lu sur son art, sa pratique et sa philosophie ; il a noté, soir après soir, ses observations, anxieux de surprendre une vérité. " Il est un homme de science du théâtre ", a déclaré Christian Bérard, qui ajoutait : " ... de science et d'amour. " 

jouvet2.jpg
Son engagement impliquait l'alliance parfaite de l'artisanat et de l'art.Associé à la grande réforme menée par Jacques Copeau au Vieux-Colombier en 1913, en qualité de régisseur et d'acteur, directeur ensuite et metteur en scène de la Comédie des Champs-Élysées en 1923, puis de l'Athénée en 1934, il a voué ses dons, sa science, sa passion à renouveler le mystère de la création dramatique en servant les auteurs français, ses contemporains, et d'abord Jules Romains avec Knock. Surtout, il a révélé les " secrets " du théâtre au romancier Jean Giraudoux et offert, avec lui, un auteur majeur au répertoire. Dans le scepticisme général, il lançait, à la veille de la " première " de Siegfried : " Ça ne fera pas un rond, mais ce sera l'honneur de ma vie d'avoir monté c'te pièce-là ! " Douze autres pièces de Giraudoux ont suivi !

jouvet405-g.jpgLes amoureux sont seuls au monde - Renée Dewillers, Louis Jouvet

"
L'art du metteur en scène est l'art d'accommoder des contingences. Ce n'est pas une profession, c'est un état"

Louis Jouvet

Les amours impossibles de Robert Desnos

"Je sors bouleversé d'une lecture des derniers poèmes de Desnos. Les poèmes d'amour sont ce que j'ai entendu de plus entièrement émouvant, de plus décisif en ce genre depuis des années et des années. Pas une âme qui ne se sente touchée jusque dans ses cordes les plus profondes, pas un esprit qui ne se sente ému et exalté et ne se sente confronté avec lui-même. Ce sentiment d'un amour impossible creuse le monde dans ses fondements et le force à sortir de lui-même, et on dirait qu'il lui donne la vie. Cette douleur d'un désir insatisfait ramasse toute l'idée de l'amour avec ses limites et ses fibres, et la confronte avec l'absolu de l'Espace et du Temps, et de telle manière que l'être entier s'y sente défini et intéressé. C'est aussi beau que ce que vous pouvez connaître de plus beau dans le genre, Baudelaire ou Ronsard. Et il n'est pas jusqu'à un besoin d'abstraction qui ne se sente satisfait par ces poèmes où la vie de tous les jours, où n'importe quel détail de la vie journalière prend de l'espace, et une solennité inconnue. Et il lui a fallu deux ans de piétinements et de silence pour en arriver tout de même à cela".

Lettre d' Antonin Artaud à Jean Paulhan


Les dents des femmes sont des objets si charmants

qu’on ne devrait les voir qu’ en rêve ou à l’instant de l’amour.
Si belle! Cybèle?
Nous sommes à jamais perdus dans le désert de l’éternèbre.
Qu’elle est belle.
“Après tout”
Si les fleurs étaient en verre
Belle, belle comme une fleur de verre.
Belle comme une fleur de chair.
Il faut battre les morts quand ils sont froids.
Les murs de la Santé
Et si tu trouves sur cette terre une femme à l’amour sincère…
Belle comme une fleur de feu
Le soleil, un pied à l’étrier, niche un rossignol dans un voile de crêpe.

Vous ne rêvez pas

Qu’elle était belle

Qu’elle est belle.

etoile-de-mer1couv-1.jpg

Premier numéro de la revue "L'étoile de mer" de Robert Desnos

Women’s teeth are such charming objects
that one ought to see them only in a dream or in the instant of love.
So beautiful! Cybèle?
We are forever lost in the desert of eternal darkness.
How beautiful she is.
“After all”
If the flowers were in glass
Beautiful, beautiful like a flower of glass.
Beautiful like a flower of flesh.
One must beat the dead while they are cold.
The walls of the Santé
And if you find on this earth a woman of sincere love…
Beautiful like a flower of fire
The sun, one foot in the stirrup, nestles a nightingale in a veil of crepe.

You are not dreaming.

How beautiful she was
How beautiful she is.

“L’Étoile de Mer,” dédié à Yvonne George, chanteuse de music-hall et offert à Man Ray

ray1.jpg
"L’étoile de mer" de Man Ray, la photographie surréaliste transposée au cinéma
(film muet, ci-dessous)


Les sources artistiques de Man Ray en créant L’étoile de mer semblent évidemment plus littéraires que picturales. Or, à la fin de son texte, Desnos ajoute également qu’à son retour de voyage, quand il vit le film de Man Ray, celui-ci avait réussi à s’approprier le texte pour en faire une oeuvre personnelle et que la réussite du réalisateur revient principalement à un triomphe délibéré « de la technique ». C’est alors que nous nous souviendrons que Man Ray, photographe de formation, est à l’origine de nombreuses expériences photographiques. Nous lui devons ainsi une recherche sur le morcellement des corps, ainsi que la découverte de la solarisation, ou un traitement des images à base de plages accidentellement lumineuses par allumage de la lumière pendant le développement de l’image photographique..

Lorsque Robert Desnos s'installe alors dans l'atelier du peintre André Masson au 45 de la rue Blomet, à Montparnasse, près du Bal Nègre qu'il fréquente assidûment, il s'initie à l'opium. C'est alors le temps des trois forteresses surréalistes : Breton, rue Fontaine, Aragon, Prévert, Queneau et André Thirion, rue du Château et cette rue Blomet où Desnos compte Joan Miró et le dramaturge Georges Neveux pour voisins. Clair, garni de bizarreries trouvées au marché aux puces et d'un gramophone à rouleaux, l'atelier de Desnos n'a pas de clé, seulement un cadenas à lettres dont il se rappelle la composition une nuit sur deux. De 1922 à 1923, il se livre là uniquement au travail de laboratoire dont doit résulter Langage cuit, ce que Breton appelle les mots sans rides, et à la recherche poétique. "Les Gorges froides" de 1922, année où il rejoint l'école surréaliste,  en sont l'un des exemples marquants. Plus tard, c'est sans doute également dans cet antre qu'il écrira The Night of loveless nights.

La Rive gauche à Paris

L'utopie positiviste du XIXe siècle et son crédo progressiste font place à un individualisme déchaîné et extravagant. André Gide et Marcel Proust donnent le ton littéraire de cette tendance qui s'exacerbe et croît avec le mouvement dada dont Tristan Tzara publie le manifeste. Le surréalisme d'André Breton n'est pas loin. L'Art nouveau foisonnant, fauché par la guerre, cède la place aux épures précieuses de l'Art déco.

Montmartre et Montparnasse : noyaux d'un renouveau culturel et artistique majeur

Durant les Années folles, Montparnasse et Montmartre sont sans conteste les lieux de Paris les plus célèbres et les plus fréquentés, abritant ses prestigieux cafés tel la Coupole, le Dôme, la Rotonde et la Closerie des Lilas ou les salons comme celui de Gertrude Stein rue de Fleurus.

Montmartre, tout d'abord, constitue l'un des centres majeurs de ces lieux de rencontre entre ces intellectuels. Le quartier présente un aspect de modernité avec l'existence de trompettistes comme Arthur Briggs qui se produit à l'Abbaye. Mais pour l'écrivain américain Henry Miller comme beaucoup d'autres étrangers d'ailleurs, le carrefour Vavin-Raspail-Montparnasse est selon ses propres mots « le nombril du monde ». Il y est d'ailleurs venu écrire sa série des Tropiques.

À Paris, c'est plus précisément la rive gauche de la Seine qui est principalement concernée par les arts et les lettres, et tout cela se confirme durant les années 1920. En témoignent d'ailleurs la forte concentration de créateurs qui se sont installés au sein de la capitale française et qui occupent les places du cabaret Le Bœuf sur le toit ou les grandes brasseries de Montparnasse. Les écrivains américains de la « Génération perdue », à savoir notamment Scott Fitzgerald, Henri Miller et Ernest Hemingway, y côtoient les exilés qui ont fui les dictatures méditerranéennes et balkaniques. Il y a enfin les peintres qui forment ce que l'on appellera par la suite « l'École de Paris » et qui regroupent entre autres le lituanien Soutine, l'italien Modigliani et le russe Chagall. Le mouvement surréaliste

L'avant-garde surréaliste occupe pendant les années 1920 le devant de la scène culturelle en apportant de nouvelles formes d'expression à la poésie avec des auteurs comme André Breton, Louis Aragon, Paul Éluard ou Robert Derhou mais également à la peinture au travers d'artistes comme Max Ernst, Joan Miró, Salvador Dali, Francis Picabia, à la sculpture avec Jean Arp, Germaine Richier, voire à la cinématographie avec Luis Buñuel et sa célèbre œuvre Le chien andalou, René Clair et Jean Cocteau. Désormais tourné vers l'indicible, le mouvement avant-gardiste voit ses membres adhérer pour une grande majorité d'entre-eux au Parti communiste français dont ils partagent la volonté de rupture avec la bourgeoisie.

Le monde du spectacle et les influences extérieures

La France des Années folles est largement influencée par diverses pratiques culturelles provenant de l'étranger, et la guerre a accentué cet apport de nouvelles cultures. L'une de ces influences les plus marquantes est le rag qui est rapidement appelé jazz et qui connaît une ascension et une popularité spectaculaires au sein de la ville de Paris. Ce genre de musique a été amené par l'armée américaine et connaît un vif succès en 1925 sur les Champs-Élysées avec la Revue nègre animée successivement par Florence Mills, dit « Flossie Mills » et Joséphine Baker. Vêtue d'un simple pagne de bananes, cette dernière danse avec une furie suggestive sur un rythme de charleston —une musique alors encore inconnue en Europe— l'interprétation d'un tableau baptisé La Danse sauvage. Le scandale fait rapidement place à l'engouement général. Joséphine suscite rapidement l'enthousiasme des Parisiens pour le jazz et les musiques noires. Le charleston se danse en solo, à deux ou en groupe, sur les rythmes du jazz. Il est fondé sur des déplacements du poids du corps d'une jambe à l'autre, pieds tournés vers l'intérieur et genoux légèrement fléchis. De tous les cabarets à la mode, le plus célèbre est celui dénommé « Le Bœuf sur le toit », où l'on voit jouer Jean Wiener, pianiste et compositeur français. Le monde parisien assistant à ces divertissements ne constitue qu'une infime partie de la population française, à savoir les élites. Néanmoins il donne l'impulsion, crée l'événement.

Le rôle joué par les États-Unis

Le jazz est un courant musical en pleine expansion durant cette époque de festivités.

L'influence américaine sur le Paris des Années folles est considérable : le charleston, le shimmy, le jazz, remplissent les cabarets et dancings peuplés au lendemain de la guerre par des soldats américains et anglais mais aussi par un public mondain à la recherche de toutes les nouveautés possibles. Il y a donc le Bœuf sur le toit, mais aussi Le Bricktop's dans le lequel on innove en servant le whisky en salle, nouveauté pour l'époque. Ces cabarets s'ouvrent aux rythmes américains des « Roaring Twenties », l'équivalent anglophone du terme « années folles ». Quant aux phonographes, ils diffusent surtout du jazz joué par des Américains blancs, les musiciens noirs s'étant davantage fait connaître dans des cercles plus restreints durant le conflit. Une soudaine passion et un goût certain pour les États-Unis, ses valeurs, sa culture, caractérise alors le Paris des années 1920, revues et vedettes de Broadway sont achetées au prix fort et imitées par la suite. Mais la France ne se contente pas de récupérer les spectacles d'outre-mer car elle les adapte et parvient même à créer ses propres prestations et représentations. C'est ainsi le cas pour la fameuse Revue Nègre évoquée précédemment qui présente pour la première fois à Paris en 1925 au théâtre des Champs-Élysées, Joséphine Baker, une danseuse se présentant dénudée et plumée, dansant le charleston et multipliant les gestes provocants, sur une musique de Sydney Bechet. Inspirée et influencée par l'Empire colonial français, Joséphine Baker monte La Folie du jour en 1926. Elle reprend aussi des chansons à succès de cafés-concerts telles que La Petite Tonkinoise de Vincent Scotto. La chanson J'ai deux amours en 1930 la consacre comme une star de la vie parisienne, vedette complète qui, à l'instar des chansonniers, ne se contente pas de danser mais commente les airs de musique et donne dans le comique.

Les nouvelles danses

Joséphine Baker dansant le charleston aux Folies-Bergère, à Paris - Revue Nègre Dance (1926).

De nouveaux rythmes font leur apparition: la valse et la mazurka ont laissé la place au tango. Le smoking et le goût pour la « musique nègre », comme on l'appelle à l'époque, repoussent les opinions divergentes. Paul Guillaume organise au théâtre des Champs-Élysées en 1919 la Fête nègre. Six ans plus tard, ce même théâtre propose aux parisiens la Revue nègre. Rue Blomet, le bal nègre attire les esthètes et les curieux. Paris est ainsi devenu au cours des années 1920 un pôle privilégié de toutes les rencontres.

Le Music-hall

C'est aussi la période où le Music-hall remplace définitivement le café-concert. On va au casino de Paris, au concert parisien et au concert Mayol comme on va au théâtre : les spectateurs, les attractions et les chansons se succèdent à un rythme rapide. Les productions artistiques connaissent une ascension fulgurante. On peut donner comme exemples les plus connus Paris qui danse, Cach' ton piano, Paris qui jazz, Mon homme et Dans un fauteuil qui donnent à Maurice Chevalier et à Mistinguett une célébrité internationale. Les Petits petons de Valentine font le tour du monde. L'influence américaine, le grand spectacle, les comédies musicales font le succès des Folies Bergère, les fameuses « Fol Berge ». Elles inaugurent en effet leur cycle avec Les Folies en furie en 1922.

L'opérette

L'opérette prend également un nouveau départ le 12 novembre 1918 avec la première de Phi-Phi d'Henri Christiné et d'Albert Willemetz. C'est un énorme succès sur fond de Grèce antique avec de nombreuses créations fantaisistes. En effet, jusqu'à mille présentations furent jouées en seulement deux années. Un autre grand succès s'intitule Dans la vie faut pas s'en faire, la chanson la plus populaire de Dédé, crée en 1921 aux Bouffes-Parisiens avec à nouveau Maurice Chevalier. Des compositeurs se révèlent talentueux comme le marseillais Vincent Scotto mais aussi Maurice Yvain (le compositeur de Mon homme) ainsi que des auteurs comme Sacha Guitry qui écrit le livret de l'Amour masqué. À l'Olympia, à Bobino où au théâtre de la Gaîté-Montparnasse, on retrouve Marie Dubas et Georgius qui inaugurent le Théâtre Chantant en mettant en scène diverses chansons populaires. Il y a aussi Damia surnommée la « tragédienne de la chanson » ou encore Yvonne George et sa voix de vibrato qui reprend des chants traditionnels. À partir de 1926 cependant, l'opérette américaine vient concurrencer la française avec des titres comme No, No, Nanette, Rose Mary et Show Boat. Les Années Folles sont donc une époque de vedettes et de répertoires variés opérant dans divers lieux festifs.

Le cinéma

Outre la radio, l'autre grand média culturel alors en pleine expansion est le cinéma. Avant la guerre, la cinématographie française occupait une place de leader sur le marché mondial du cinéma. Durant les années 1920, elle se voit néanmoins de plus en plus concurrencée par les États-Unis. Elle perd ainsi finalement sa première place mais se maintient en portant à l'écran de célèbre œuvres littéraires tel Le Père Goriot ou Pêcheurs d'Islande de Jacques de Baroncelli, Thérèse Raquin de Jacques Feyder mais aussi des fresques historiques comme Le Miracle des Loups de Raymond Bernard, Napoléon d'Abel Gance.

Paris, lieu de rencontres littéraires et artistiques

La ville de Paris devient ainsi au cours des années 1920 la capitale des arts et le lieu de rencontre privilégié entre artistes et intellectuels de cette époque. Ainsi, Gertrude Stein présente à Picasso, Braque et Matisse les ouvrages d'Hemingway et de Scott Fitzgerald. C'est à Paris que l'on publie la première édition de l'écrivain irlandais James Joyce. C'est également dans cette ville que s'installe Natalie Clifford Barney qui a inspiré le personnage de Valérie Seymour dans Le Puits de solitude de Radclyffe Hall. De nombreux écrivains issus du monde entier viennent séjourner à Paris. On peut citer Sonia Stern, Elsa Schiaparelli, Edith Wharton, Jean Rhys. Sans compter des Françaises comme Nathalie Sarraute par exemple. Il y a aussi Scott Fitzgerald, John Dos Passos, Sinclair Lewis qui viennent rechercher de la nouveauté, de nouvelles inspirations au sein de la capitale.

Tel est le cas de Kiki de Montparnasse. Avec elle, Xavier Girard nous invite à découvrir en images le monde des peintres de la bohème de Montparnasse (Foujita, Kisling, Pascin, Modigliani, Soutine, Lipchitz, Chagall), mais aussi les écrivains (Hemingway, Joyce, Scott et Zelda Fitzgerald, Robert McAlmon). Vous y croiserez Brancusi, Calder, Duchamp, Gargallo, Van Dongen, Derain, Miró, Matisse, Picasso

Le renouveau théâtral

Le Paris des années 1920, c'est aussi le théâtre qui est essentiellement représenté par quatre metteurs en scène et acteurs principaux à savoir Louis Jouvet, Georges Pitoëff, Charles Dullin et Gaston Baty. Ces derniers décident en 1927 de joindre leurs efforts en créant le « Cartel des Quatre ». Ils ont néanmoins beaucoup moins de succès que Sacha Guitry qui lui triomphe au théâtre des Variétés. Il y a aussi les pièces d'Alfred Savoir, les comédies d'Édouard Bourdet et celles de Marcel Pagnol qui rencontrent toutes un succès certain.

Plus précisément, la représentation théâtrale connaît un vif succès d'audience et un incontestable renouveau au cours des années 1920, tout d'abord au niveau de la représentation scénique. Autour du « Cartel » se développe un effort de création visant à traduire dans la mise en scène les inquiétudes et aspirations de l'époque. Le changement se manifeste aussi dans le choix des thèmes traités et l'atmosphère qui se dégage des œuvres présentées. Mais parallèlement à cela, le public cultivé des élites s'intéresse de plus en plus à des auteurs et des œuvres qui associent classicisme dans la forme et l'opposition réalité/rêve au niveau de l'atmosphère théâtrale. Aussi, le théâtre de Cocteau, les premières pièces de Giraudoux tel Siegfried en 1928 et les œuvres de l'italien Pirandello en sont les plus illustres représentants et connaissent un véritable succès. Cependant, tout cela reste classique dans les modes d'expression choisis et conforme au goût des élites.

Le glas des Années folles

Le krach de 1929 à Wall Street annonce la fin de cette période d'insouciance1. Dès 1928, la salle de spectacle parisienne la Cigale ferme ; en 1929, l'Olympia et le Moulin Rouge connaissent le même sort puis c'est au tour du théâtre l'Eldorado qui est détruit en 1932. Même si la production s'adressait à un large public, on constate que la fréquentation des music-halls et autres dancings se réduit progressivement aux ouvriers et aux employés des villes. Leur univers de la chanson, c'est avant tout celui de la rue, les javas et les tangos des bals populaires, des mariages ou encore des banquets et non celui de la haute société parisienne. En effet, parallèlement à cette culture des élites s'affirme dans le même temps à Paris, une culture populaire qui connaît un succès croissant et finit par s'imposer à la fin des années 1920 et au début années 1930 au travers d'artistes comme Maurice Chevalier ou encore la meneuse de revues Mistinguett.

Les « Années folles » se caractérisent bien par cette volonté de paix intérieure et d'une société qui veut profiter au maximum de la vie tant qu'elle le peut encore, les années à venir étant incertaines. C'est cette société qui se réjouit d'une paix retrouvée et qui découvre dans le même temps les bienfaits de la consommation en s'efforçant au final de prolonger au maximum cette situation de stabilité intérieure.
Blondin, Gainsbourg, Prévert, Sartre, Vian, Gréco, Morrisson, Nico, le Pont des Arts, Zelda Fitzgerald, Francis Scott FItzgerald, Ernest Hemingway. Jean-Paul Sartre, Raymond Queneau, Simone de Beauvoir, Juliette Gréco, Miles Davis, Picasso, Apollinaire, Breton, Henry Miller et Anaïs Nin et Hemingway après la Première Guerre Mondiale; Camus Sartre, de Beauvoir, Juliette Greco et les Existentialistes après la Seconde Guerre Mondiale. On ne compte plus les intellectuels et artistes de la rive gauche

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×