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Pour La Cause littéraire

La Cause Littéraire vient de franchir le cap des 10 000 abonnés sur sa page FaceBook.

Merci à tous les amis !
Charles Baudelaire nous invite à de nouveaux essors !


www.lacauselitteraire.fr

Pour Léon-Marc Lévy et toute sa formidable dreamteam
à laquelle j'ai la chance et la fierté d'appartenir depuis un an et demi
.

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Elévation

Les Fleurs du Mal

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ; 

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles Baudelaire.

Les irrésistibles réalisme et naturalisme de Lewis face à une Amérique consumériste

Sinclair Lewis fut appelé «la conscience de sa génération» par des satiriques américains à cause des représentations des mœurs culturelles d'un certain provincialisme sensibles à l'intégrisme religieux. Au cours de la "speakeasy" décennie des années 1920, l'Amérique était «coming of age», l'élaboration d'une identité qui a été prise entre les valeurs à l'ancienne des pères immigrants et les progressistes matérialistes de la jeune génération. Lewis a abordé des thèmes qui avaient été réprimés dans les romans, tels que le féminisme , le racisme et le fascisme. Il a ironisé sur la sacro-sainte institution du capitalisme. Comme Theodore Dreiser et HL Mencken, il a parfois scandalisé une nation, mais en dernière analyse, il a réussi dans ses critiques sociales, parce qu'il croyait dans le caractère et le cœur de l'Amérique ainsi que dans sa capacité à changer.

En 1930, il est devenu le premier Américain à remporter le prix Nobel de littérature pour son "art puissant et vif de la description et la possibilité d'utiliser l'esprit et de l'humour dans la création de personnages originaux." Le discours prononcé à cette occasion ‘The American Fear of Literature’ fait scandale aux Etats-Unis, parce qu'il rappelle les appels au lynchage dont il a été victime et où il dénonce l'intolérance de son pays à l'égard des écrivains qui ne glorifient pas la «simplicité bucolique et puritaine de l'Oncle Sam» et l'individu américain, «grand, beau, riche, honnête et bon golfeur»..Le but de Lewis était d'écrire des «romans réalistes qui étaient véridiques » en s'appliquant à repousser de manière radicale ses détracteurs. Ce faisant, il s'est appliqué à mettre en évidence dans ses écrits tous les espoirs, les rêves et les insuffisances criantes de la jeune nation américaine.

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Mon véritable voyage a été assis dans les voitures fumeurs Pullman, dans un village du Minnesota, dans une ferme du Vermont, dans un hôtel de Kansas City ou Savannah, en écoutant le bourdonnement quotidien normal de ce que sont pour moi les personnes les plus fascinantes et exotiques dans le monde - les citoyens ordinaires des Etats-Unis, avec leur gentillesse envers les étrangers et leur taquineries rugueuse, leur passion pour le progrès matériel et leur timide idéalisme, leur intérêt dans le monde entier et leur provincialisme vantard - toute la complexité qui fait qu'un romancier américain se sente le privilège d'y trouver quelque chose.

Sinclair Lewis

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Moins cité que le reste de ses acolytes de la génération perdue, Sinclair Lewis, alors qu'il a à peine 7 ans, compulse les nombreux livres de la bibliothèque de son père qui lui servent d’échappatoire au décès de sa mère, il se met à écrire, tient son journal. A l’université de Yale, il contribue au Yale Literary Magazine et rencontre Jack London. Diplômé en 1908, il travaille pour des maisons d’édition et des magazines avant de publier son premier roman, ‘Hike and the Aeroplane’ (1912), sous le pseudonyme de Tom Graham, suivi de ‘Our Mr. Wrenn’ en 1914, l’année de son mariage. En 1916, il décide de se consacrer uniquement à l’écriture et part en voyage à travers le pays avec sa femme. En 1920 sort ‘Main Street’, lauréat du prix Pulitzer - qui ira finalement à Edith Wharton - suivi en 1922 de ‘Babbitt’, portrait d’un businessman sans scrupules, qui passe à nouveau à côté du Pulitzer - au profit de Willa Cather. Quand le prix lui est attribué en 1925 pour ‘Arrowsmith’, portrait d’un médecin idéaliste, il le refuse, tout en dédiant son livre à Wharton qu’il admire. ‘Elmer Gantry’ (1927), histoire d’un pasteur charlatan, est frappé d’interdiction, comme plusieurs de ses romans, avant de paraître.. Critique de son temps, Sinclair Lewis s’attaque aux préoccupations religieuses et mercantiles de la bourgeoisie. sinclair-lewis3jpg.jpg
Sinclair Lewis n’étudie pas la conscience des gens. Il les soumet à leur environnement. Il les représente face à leurs engagements et leurs responsabilités. Il n’y a pas un modèle d’homme particulier. Le personnage qu’il décrit est le type de tous les jours, l’homme ordinaire face à son avenir, à son bonheur qui, dans l’Amérique des années 20 et à la limite aujourd’hui encore en dépit des efforts d’humanisation de la société, veut dire le confort.

Sinclair Lewis reste un géant de la littérature américaine, au milieu d’une série d’écrivains modernes et expérimentaux majeurs dont les plus connus se situent à l’époque comprise entre 1930 et la fin du XXe siècle – symbolisant la crise économique qui avait anéanti l’économie américaine et qui instaurait une nouvelle ère de la littérature américaine, celle de l’épanouissement de l’individu, avec des écrivains comme Toni Morisson, Prix Nobel de Littérature 1993, Tennessee Williams, l’une des personnalités les plus complexes de la scène littéraire américaine du milieu du XXe siècle – ou l’époque du modernisme américain avec des écrivains comme Ernest Heminguay considéré alors comme le porte-parole de cette génération, ou William Faulkner auteur de « Absalon ! Absalon ! (1936)

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Avec Babbitt, publié en 1922, Lewis devient le chef de file du roman réaliste américain, et ce roman est lui aussi un classique immédiatement reconnu comme tel. Il met en scène George F. Babbitt, agent immobilier prospère, pilier de la chambre de commerce de la ville de Zenith, obsédé par les valeurs matérielles, et pourtant frustré par son existence centrée sur l'argent et la consommation. Comme dans Main Street, l'action se situe dans l'État américain imaginaire du Winnemac. Le roman, satirique, présente le premier portrait de l'Amérique des années 1920, obsédée par la spéculation foncière et l'acquisition d'objets de consommation, devenus abordables, comme les automobiles ou les réfrigérateurs. Cette classe moyenne en voie d'embourgeoisement ignore complètement l'art et la littérature. La force du roman réside, non dans son contenu dramatique, mais dans la contexture de l’histoire. Avec un thème actuel, celui de la quête de richesse, Sinclair Lewis, tout en photographiant un cas typique de société en contradiction avec l’essence humaine, remet en cause l’utopie de l’homme moderne. Les derniers chapitres renvoient à ce fameux aphorisme : « Ecoute toi, écoute ton rêve ! Pars à la conquête du monde !

Les principales oeuvres de la "Génération perdue " sont Gatsby le magnifique de F.- Scott Fitzgerald,  Le Waste Land de TS Eliot, Le Soleil se lève aussi d' Ernest Hemingway, Babbitt de Sinclair Lewis, Le Bruit et la Fureur de Faulkner William, Le vieil homme et la mer, d'Hemingway, Tout est calme sur le front occidental d' Erich Maria Remarque

sinclair.jpg.Sinclair Lewis fut photographié par Man Ray en 1926 à Paris, dans le quartier de Montparnasse

L'amour fixe de Dominique Rolin, la solaire

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Je n'ai vraiment lu Dominique Rolin qu'en 2000, lorsqu'elle publie Journal amoureux, où elle parle, plus ouvertement que jamais, de son histoire d'amour fou, longue de 40 ans, avec un certain Jim, déjà évoqué dans d'autres romans dont Trente ans d'amour fou et Le Jardin d'agrément. "Le Jim de vos livres, c'est bien Sollers?", lui avait demandé à la télévision Bernard Pivot. "Oui", avait-elle répondu. Jean Antoine, auteur de films sur Rolin, disait: "cet amour avec Jim est une des plus bouleversantes histoires d'amour dans la littérature de ce siècle". Auparavant, en 1965, elle est évincée du jury Femina pour avoir critiqué son "archaïsme". Elle estimait les jurées encore trop imprégnées de la littérature du XIXe siècle et pas assez du Nouveau roman, école qui l'influencera beaucoup. Elle donne des conférences, voyage, va souvent à Juan-les-Pins, chez son amie la grande mécène américaine Florence Gould. Les parutions se succèdent (romans, nouvelles, théâtre, essais, comme cet ouvrage sur le peintre flamand Pieter Brueghel l'Ancien): Le Corps, Le lit, Lettre au vieil homme, L'infini chez soi, L'enfant-roi, La Rénovation, Plaisirs (livre d'entretien)... Dans son oeuvre, la fiction et le rêve sont les instruments d'une introspection menée sans complaisance. Jacques-Pierre Amette a noté qu'elle était "notre Virginia Woolf" francophone. Mais si l'Anglaise était pâle et dépressive, Dominique Rolin était gaie. "Le bonheur est une décision, c'est vrai que la chance existe mais il faut savoir la saisir", assurait-elle.

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Un des livres qui m'a le plus marquée d'elle,  c'est les Marais, ou comment une des manières de fuir cette ambiance sourde sera de se réfugier dans un monde imaginaire aux dimensions insolites. Pourtant les événements auront raison de chacun des protagonistes : la mort accidentelle de la petite Barbe, la fuite de Ludegarde qui cherche à se délivrer des « marais » de son enfance, la départ d’Alban auprès d’une jeune femme rencontrée au hasard de ses fugues, tout cela parviendra à briser leur rêve de liberté et l’univers visionnaire qu’ils s’étaient créés. Irrésistiblement, la maison Tord les ramènera, vieillis et désenchantés, entre ses murs.

Ce roman possède une atmosphère toute particulière, on a parfois l’impression d’être transportée dans une sorte de rêve éveillé qui nous plonge dans une ambiance onirique, à l’orée du fantastique, du symbolisme et du surréalisme. Il a même exercé sur moi une sorte d’aura hypnotique très étrange qui me poussait à tourner les pages les unes à la suite des autres sans pouvoir me détacher du roman avant sa fin.

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« C’est la pluie, Dora est malade, beaucoup de fièvre, un peu de délire, le jeune médecin la drague avec humour. On reste sur les lits, la ville est inondée, on achète des bottes, on marche sur des tréteaux sur les quais, je glisse, je tombe, on rit. Tout est gris-noir, le vent souffle en tempête, on n’aurait jamais dû venir à Venise en cette saison, mais si, justement. J’écris dans un coin de la chambre, Dora dort ou fait semblant. « Tu ne t’ennuies pas ? – Question idiote. – Des corps mortels ne devraient jamais s’ennuyer. – Mais on est morts. – Et toujours là. – Tu te souviens de notre passage sur terre ? – Oui, c’était pas mal, un peu confus. – J’essaye de mettre de l’ordre. – Tu y arrives ? – Par moments, je crois. »

Philippe Sollers, Passion fixe, 2000

En 1910. les Arts, les Sciences et la Littérature


La revue Arts, Sciences et Littérature fut la seule à s'intéresser à la fois aux Arts, aux Sciences et à la Littérature.
 

Jean-Marc Reiser, un homme libre

Pour Mémoire

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Reiser Biographie, par Jean-Marc Parisis, éditions Grasset, 1995
(réédition de la biographie en 2003 - couverture ci-dessus)

Reiser forever, éd. Denoël Graphic, 2003
(collectif de dessinateurs dirigés par Jean-Marc Parisis)

L'album des 145 histoires parues dans Pilote entre 1967 et 1972,
sous le titre Les années Pilote est préfacé par Jean-Marc Parisis



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Reiser....

A l'horizon


par Jean-Marc Parisis (2010)

Pourquoi en revient-on toujours à Reiser, mort jeune et beau, à 42 ans en 1983 ? Pourquoi nous hante-t-il toujours ? Parce qu’il mit dans son oeuvre beaucoup plus que de l’humour, parce que sous l’onde de sa méchanceté s’agitaient des courants d’une bonté et d’une profondeur inouïes, parce que cet ange qui avait la nausée répétait, recueilli et joyeux : « Je dessine le pire parce que j’aime le beau ». Un dessinateur donc, et l’un des plus grands, évidemment, mais aussi un sociologue, un moraliste, un inventeur, un poète, un visionnaire.

Tout a commencé en 1941, dans une Lorraine annexée par les Allemands.
Une mère, femme de ménage ; un père, inconnu. A six ans, il est placé en nourrice chez des paysans normands, dans la picaresque proximité des hommes et des animaux. Il s’en souviendra quand il s’agira d’illustrer le génie de la débrouille écologique et la bestialité de la vie moderne.

De retour à Paris au début des années 50, il mène une vie de prolétaire avec sa mère, de garnis en hôtels miteux. Il connaît la pauvreté, l’humiliation. Il s’en souviendra aussi ; dialectiquement, il sera toujours du côté des humbles, des parias, des incompris. A 17 ans, ses crobards sont refusés par la presse parisienne, il faut dire qu’ils sont assez moyens, Reiser n’est pas encore reiserien.

A la fin de années 50, il tape dans l’oeil de François Cavanna, qui va diriger la rédaction d’Hara-Kiri. C’est dans ce mensuel « bête et méchant » que Reiser va exploser dans les années 60, acérer son trait de lumière, inventer une prose graphique rageuse et surfine, immunisante contre la bêtise, directement branchée sur les synapses de l’idéal. Il mettra ensuite son génie au service de Charlie-Hebdo pour décaper et transcender tout ce qui bouge : les hommes et les sous-hommes politiques, les supernanas qui luttent pour leurs droits, les vacanciers immondes, les gamins brimés et malins, les vioques, les racistes, les viragos, les filles de l’air, les urbanistes concentrationnaires, les écolos bouffeurs de carottes, et bien sûr les jeux du sexe et du hasard. Au magasin de ses personnages, tout le monde ou presque connaît son bouffon mythique Gros Dégueulasse ou sa souillon nicotinée baptisée Jeanine, mais ils ne sont qu’un échantillon de son infernale et prodigieuse comédie humaine.

Il dessinait en démiurge, faisant souffler le vent dans les jambes des idées. Artiste à sa manière, toujours nuancé, imprévisible, moderne dans la divulgation des pensées, il disait : « Mes expos, ce sont mes pages de © Reiser - Glénat journaux. » Et dans ses pages, il captait les rayons du monde comme il va et comme il ne va pas. Ses dessins sur l’énergie solaire et les éoliennes sont prophétiques, ils nous éclairent aujourd’hui. Ses planches sur la pollution, les névroses et les catastrophes urbaines, mais aussi sur la guerre des sexes, sont également oraculaires. Il avait à peu près tout prévu de ce que le XXI° siècle expérimente de pire et de meilleur en sentiments comme en techniques. Et il avait choisi d’en rire, car ce dandy de l’atroce et du sublime était très courageux.

Comme Baudelaire, en homme libre, il chérissait la mer. En filant la métaphore baudelairienne, on peut aussi le voir comme un phare, dont le faisceau laser balaie toujours la nuit de nos vies. Disparu, mais si présent, il se dresse comme une vigie, nous réchauffe comme un soleil.
Reiser est à l’horizon. Je veux dire qu’il lui appartient, et qu’en matière de dessin et d’humanité, il en reste la ligne indépassable.


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«Il est allé au cimetière à pied » (il est enterré au cimetière du Montparnasse), pour reprendre le titre du numéro spécial d’Hara-Kiri à sa mort qui reprenait un de ses dessins, réalisé initialement pour Franco. Lors de son enterrement, l’équipe d’Hara-Kiri avait déposé une gerbe sur laquelle on pouvait lire : "De la part de Hara Kiri, en vente partout".

La Rive gauche à Paris

L'utopie positiviste du XIXe siècle et son crédo progressiste font place à un individualisme déchaîné et extravagant. André Gide et Marcel Proust donnent le ton littéraire de cette tendance qui s'exacerbe et croît avec le mouvement dada dont Tristan Tzara publie le manifeste. Le surréalisme d'André Breton n'est pas loin. L'Art nouveau foisonnant, fauché par la guerre, cède la place aux épures précieuses de l'Art déco.

Montmartre et Montparnasse : noyaux d'un renouveau culturel et artistique majeur

Durant les Années folles, Montparnasse et Montmartre sont sans conteste les lieux de Paris les plus célèbres et les plus fréquentés, abritant ses prestigieux cafés tel la Coupole, le Dôme, la Rotonde et la Closerie des Lilas ou les salons comme celui de Gertrude Stein rue de Fleurus.

Montmartre, tout d'abord, constitue l'un des centres majeurs de ces lieux de rencontre entre ces intellectuels. Le quartier présente un aspect de modernité avec l'existence de trompettistes comme Arthur Briggs qui se produit à l'Abbaye. Mais pour l'écrivain américain Henry Miller comme beaucoup d'autres étrangers d'ailleurs, le carrefour Vavin-Raspail-Montparnasse est selon ses propres mots « le nombril du monde ». Il y est d'ailleurs venu écrire sa série des Tropiques.

À Paris, c'est plus précisément la rive gauche de la Seine qui est principalement concernée par les arts et les lettres, et tout cela se confirme durant les années 1920. En témoignent d'ailleurs la forte concentration de créateurs qui se sont installés au sein de la capitale française et qui occupent les places du cabaret Le Bœuf sur le toit ou les grandes brasseries de Montparnasse. Les écrivains américains de la « Génération perdue », à savoir notamment Scott Fitzgerald, Henri Miller et Ernest Hemingway, y côtoient les exilés qui ont fui les dictatures méditerranéennes et balkaniques. Il y a enfin les peintres qui forment ce que l'on appellera par la suite « l'École de Paris » et qui regroupent entre autres le lituanien Soutine, l'italien Modigliani et le russe Chagall. Le mouvement surréaliste

L'avant-garde surréaliste occupe pendant les années 1920 le devant de la scène culturelle en apportant de nouvelles formes d'expression à la poésie avec des auteurs comme André Breton, Louis Aragon, Paul Éluard ou Robert Derhou mais également à la peinture au travers d'artistes comme Max Ernst, Joan Miró, Salvador Dali, Francis Picabia, à la sculpture avec Jean Arp, Germaine Richier, voire à la cinématographie avec Luis Buñuel et sa célèbre œuvre Le chien andalou, René Clair et Jean Cocteau. Désormais tourné vers l'indicible, le mouvement avant-gardiste voit ses membres adhérer pour une grande majorité d'entre-eux au Parti communiste français dont ils partagent la volonté de rupture avec la bourgeoisie.

Le monde du spectacle et les influences extérieures

La France des Années folles est largement influencée par diverses pratiques culturelles provenant de l'étranger, et la guerre a accentué cet apport de nouvelles cultures. L'une de ces influences les plus marquantes est le rag qui est rapidement appelé jazz et qui connaît une ascension et une popularité spectaculaires au sein de la ville de Paris. Ce genre de musique a été amené par l'armée américaine et connaît un vif succès en 1925 sur les Champs-Élysées avec la Revue nègre animée successivement par Florence Mills, dit « Flossie Mills » et Joséphine Baker. Vêtue d'un simple pagne de bananes, cette dernière danse avec une furie suggestive sur un rythme de charleston —une musique alors encore inconnue en Europe— l'interprétation d'un tableau baptisé La Danse sauvage. Le scandale fait rapidement place à l'engouement général. Joséphine suscite rapidement l'enthousiasme des Parisiens pour le jazz et les musiques noires. Le charleston se danse en solo, à deux ou en groupe, sur les rythmes du jazz. Il est fondé sur des déplacements du poids du corps d'une jambe à l'autre, pieds tournés vers l'intérieur et genoux légèrement fléchis. De tous les cabarets à la mode, le plus célèbre est celui dénommé « Le Bœuf sur le toit », où l'on voit jouer Jean Wiener, pianiste et compositeur français. Le monde parisien assistant à ces divertissements ne constitue qu'une infime partie de la population française, à savoir les élites. Néanmoins il donne l'impulsion, crée l'événement.

Le rôle joué par les États-Unis

Le jazz est un courant musical en pleine expansion durant cette époque de festivités.

L'influence américaine sur le Paris des Années folles est considérable : le charleston, le shimmy, le jazz, remplissent les cabarets et dancings peuplés au lendemain de la guerre par des soldats américains et anglais mais aussi par un public mondain à la recherche de toutes les nouveautés possibles. Il y a donc le Bœuf sur le toit, mais aussi Le Bricktop's dans le lequel on innove en servant le whisky en salle, nouveauté pour l'époque. Ces cabarets s'ouvrent aux rythmes américains des « Roaring Twenties », l'équivalent anglophone du terme « années folles ». Quant aux phonographes, ils diffusent surtout du jazz joué par des Américains blancs, les musiciens noirs s'étant davantage fait connaître dans des cercles plus restreints durant le conflit. Une soudaine passion et un goût certain pour les États-Unis, ses valeurs, sa culture, caractérise alors le Paris des années 1920, revues et vedettes de Broadway sont achetées au prix fort et imitées par la suite. Mais la France ne se contente pas de récupérer les spectacles d'outre-mer car elle les adapte et parvient même à créer ses propres prestations et représentations. C'est ainsi le cas pour la fameuse Revue Nègre évoquée précédemment qui présente pour la première fois à Paris en 1925 au théâtre des Champs-Élysées, Joséphine Baker, une danseuse se présentant dénudée et plumée, dansant le charleston et multipliant les gestes provocants, sur une musique de Sydney Bechet. Inspirée et influencée par l'Empire colonial français, Joséphine Baker monte La Folie du jour en 1926. Elle reprend aussi des chansons à succès de cafés-concerts telles que La Petite Tonkinoise de Vincent Scotto. La chanson J'ai deux amours en 1930 la consacre comme une star de la vie parisienne, vedette complète qui, à l'instar des chansonniers, ne se contente pas de danser mais commente les airs de musique et donne dans le comique.

Les nouvelles danses

Joséphine Baker dansant le charleston aux Folies-Bergère, à Paris - Revue Nègre Dance (1926).

De nouveaux rythmes font leur apparition: la valse et la mazurka ont laissé la place au tango. Le smoking et le goût pour la « musique nègre », comme on l'appelle à l'époque, repoussent les opinions divergentes. Paul Guillaume organise au théâtre des Champs-Élysées en 1919 la Fête nègre. Six ans plus tard, ce même théâtre propose aux parisiens la Revue nègre. Rue Blomet, le bal nègre attire les esthètes et les curieux. Paris est ainsi devenu au cours des années 1920 un pôle privilégié de toutes les rencontres.

Le Music-hall

C'est aussi la période où le Music-hall remplace définitivement le café-concert. On va au casino de Paris, au concert parisien et au concert Mayol comme on va au théâtre : les spectateurs, les attractions et les chansons se succèdent à un rythme rapide. Les productions artistiques connaissent une ascension fulgurante. On peut donner comme exemples les plus connus Paris qui danse, Cach' ton piano, Paris qui jazz, Mon homme et Dans un fauteuil qui donnent à Maurice Chevalier et à Mistinguett une célébrité internationale. Les Petits petons de Valentine font le tour du monde. L'influence américaine, le grand spectacle, les comédies musicales font le succès des Folies Bergère, les fameuses « Fol Berge ». Elles inaugurent en effet leur cycle avec Les Folies en furie en 1922.

L'opérette

L'opérette prend également un nouveau départ le 12 novembre 1918 avec la première de Phi-Phi d'Henri Christiné et d'Albert Willemetz. C'est un énorme succès sur fond de Grèce antique avec de nombreuses créations fantaisistes. En effet, jusqu'à mille présentations furent jouées en seulement deux années. Un autre grand succès s'intitule Dans la vie faut pas s'en faire, la chanson la plus populaire de Dédé, crée en 1921 aux Bouffes-Parisiens avec à nouveau Maurice Chevalier. Des compositeurs se révèlent talentueux comme le marseillais Vincent Scotto mais aussi Maurice Yvain (le compositeur de Mon homme) ainsi que des auteurs comme Sacha Guitry qui écrit le livret de l'Amour masqué. À l'Olympia, à Bobino où au théâtre de la Gaîté-Montparnasse, on retrouve Marie Dubas et Georgius qui inaugurent le Théâtre Chantant en mettant en scène diverses chansons populaires. Il y a aussi Damia surnommée la « tragédienne de la chanson » ou encore Yvonne George et sa voix de vibrato qui reprend des chants traditionnels. À partir de 1926 cependant, l'opérette américaine vient concurrencer la française avec des titres comme No, No, Nanette, Rose Mary et Show Boat. Les Années Folles sont donc une époque de vedettes et de répertoires variés opérant dans divers lieux festifs.

Le cinéma

Outre la radio, l'autre grand média culturel alors en pleine expansion est le cinéma. Avant la guerre, la cinématographie française occupait une place de leader sur le marché mondial du cinéma. Durant les années 1920, elle se voit néanmoins de plus en plus concurrencée par les États-Unis. Elle perd ainsi finalement sa première place mais se maintient en portant à l'écran de célèbre œuvres littéraires tel Le Père Goriot ou Pêcheurs d'Islande de Jacques de Baroncelli, Thérèse Raquin de Jacques Feyder mais aussi des fresques historiques comme Le Miracle des Loups de Raymond Bernard, Napoléon d'Abel Gance.

Paris, lieu de rencontres littéraires et artistiques

La ville de Paris devient ainsi au cours des années 1920 la capitale des arts et le lieu de rencontre privilégié entre artistes et intellectuels de cette époque. Ainsi, Gertrude Stein présente à Picasso, Braque et Matisse les ouvrages d'Hemingway et de Scott Fitzgerald. C'est à Paris que l'on publie la première édition de l'écrivain irlandais James Joyce. C'est également dans cette ville que s'installe Natalie Clifford Barney qui a inspiré le personnage de Valérie Seymour dans Le Puits de solitude de Radclyffe Hall. De nombreux écrivains issus du monde entier viennent séjourner à Paris. On peut citer Sonia Stern, Elsa Schiaparelli, Edith Wharton, Jean Rhys. Sans compter des Françaises comme Nathalie Sarraute par exemple. Il y a aussi Scott Fitzgerald, John Dos Passos, Sinclair Lewis qui viennent rechercher de la nouveauté, de nouvelles inspirations au sein de la capitale.

Tel est le cas de Kiki de Montparnasse. Avec elle, Xavier Girard nous invite à découvrir en images le monde des peintres de la bohème de Montparnasse (Foujita, Kisling, Pascin, Modigliani, Soutine, Lipchitz, Chagall), mais aussi les écrivains (Hemingway, Joyce, Scott et Zelda Fitzgerald, Robert McAlmon). Vous y croiserez Brancusi, Calder, Duchamp, Gargallo, Van Dongen, Derain, Miró, Matisse, Picasso

Le renouveau théâtral

Le Paris des années 1920, c'est aussi le théâtre qui est essentiellement représenté par quatre metteurs en scène et acteurs principaux à savoir Louis Jouvet, Georges Pitoëff, Charles Dullin et Gaston Baty. Ces derniers décident en 1927 de joindre leurs efforts en créant le « Cartel des Quatre ». Ils ont néanmoins beaucoup moins de succès que Sacha Guitry qui lui triomphe au théâtre des Variétés. Il y a aussi les pièces d'Alfred Savoir, les comédies d'Édouard Bourdet et celles de Marcel Pagnol qui rencontrent toutes un succès certain.

Plus précisément, la représentation théâtrale connaît un vif succès d'audience et un incontestable renouveau au cours des années 1920, tout d'abord au niveau de la représentation scénique. Autour du « Cartel » se développe un effort de création visant à traduire dans la mise en scène les inquiétudes et aspirations de l'époque. Le changement se manifeste aussi dans le choix des thèmes traités et l'atmosphère qui se dégage des œuvres présentées. Mais parallèlement à cela, le public cultivé des élites s'intéresse de plus en plus à des auteurs et des œuvres qui associent classicisme dans la forme et l'opposition réalité/rêve au niveau de l'atmosphère théâtrale. Aussi, le théâtre de Cocteau, les premières pièces de Giraudoux tel Siegfried en 1928 et les œuvres de l'italien Pirandello en sont les plus illustres représentants et connaissent un véritable succès. Cependant, tout cela reste classique dans les modes d'expression choisis et conforme au goût des élites.

Le glas des Années folles

Le krach de 1929 à Wall Street annonce la fin de cette période d'insouciance1. Dès 1928, la salle de spectacle parisienne la Cigale ferme ; en 1929, l'Olympia et le Moulin Rouge connaissent le même sort puis c'est au tour du théâtre l'Eldorado qui est détruit en 1932. Même si la production s'adressait à un large public, on constate que la fréquentation des music-halls et autres dancings se réduit progressivement aux ouvriers et aux employés des villes. Leur univers de la chanson, c'est avant tout celui de la rue, les javas et les tangos des bals populaires, des mariages ou encore des banquets et non celui de la haute société parisienne. En effet, parallèlement à cette culture des élites s'affirme dans le même temps à Paris, une culture populaire qui connaît un succès croissant et finit par s'imposer à la fin des années 1920 et au début années 1930 au travers d'artistes comme Maurice Chevalier ou encore la meneuse de revues Mistinguett.

Les « Années folles » se caractérisent bien par cette volonté de paix intérieure et d'une société qui veut profiter au maximum de la vie tant qu'elle le peut encore, les années à venir étant incertaines. C'est cette société qui se réjouit d'une paix retrouvée et qui découvre dans le même temps les bienfaits de la consommation en s'efforçant au final de prolonger au maximum cette situation de stabilité intérieure.
Blondin, Gainsbourg, Prévert, Sartre, Vian, Gréco, Morrisson, Nico, le Pont des Arts, Zelda Fitzgerald, Francis Scott FItzgerald, Ernest Hemingway. Jean-Paul Sartre, Raymond Queneau, Simone de Beauvoir, Juliette Gréco, Miles Davis, Picasso, Apollinaire, Breton, Henry Miller et Anaïs Nin et Hemingway après la Première Guerre Mondiale; Camus Sartre, de Beauvoir, Juliette Greco et les Existentialistes après la Seconde Guerre Mondiale. On ne compte plus les intellectuels et artistes de la rive gauche

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